Nora Hamzawi : c’est l’histoire d’une meuf…

Derrière ses grandes lunettes et sa coiffure « saut du lit », Nora Hamzawi se cache pour nous faire rire, en enchaînant les phrases à une vitesse impressionnante. On se retrouve toutes dans les situations du quotidien qu’elle nous raconte, que ce soit sur France Inter ou sur scène dans son one woman show. Auteure touche à tout mais aussi « meuf banale » dans sa vie de tous les jours, la jeune femme pleine de talent a accordé un peu de son temps à Circonflex Mag avant son passage au Splendid le samedi 21 janvier.

Circonflex Mag : Comment décide-t-on de devenir humoriste ?

Nora Hamzawi : Ce que je sais, c’est que depuis toujours, je voulais être comédienne mais je ne me l’avouais pas. Je n’assumais pas ce rêve. Pour moi, c’était comme vouloir devenir présidente de la République ou astronaute : ça me semblait trop gros pour être réel. Je faisais quelques castings à droite à gauche pour des pubs McDo ou des courts métrages, sans qu’il se passe grand-chose. J’écrivais pourtant des textes, mais sans vraiment savoir pourquoi. Journal intime ? Humeur ? Un jour, ma meilleure amie m’a dit : « Je ne comprends pas : t’as envie d’être comédienne, t’es clairement dans un registre comique, et en plus t’écris ! Va lire tes textes, va raconter, va jouer ! ». C’est à partir de ce moment-là que mon histoire a commencé.

Dans ton spectacle et dans tes chroniques, tu joues un personnage ou tu restes proche de ce que tu es vraiment ?

C’est un personnage, dans la mesure où je ne parle pas forcément avec le même débit que celui que j’ai dans la vie. Et où ce que je raconte, qui peut paraître autobiographique, ne l’est pas à 100%. C’est une partie de moi. Tous les ingrédients m’appartiennent mais ce n’est pas totalement moi.

On me dit que je suis beaucoup plus molle en vrai. Ce qui est vrai.

Ce débit de parole justement, c’est naturel ou c’est travaillé ?

C’est quelque chose qui est né avec le stress ! Je n’avais pas du tout penséà ce problème de débit quand j’ai commencé à monter sur scène. Et les premières critiques que j’ai reçues, positives ou négatives d’ailleurs, portaient là-dessus : elles parlaient de mon débit ! Je pense qu’il est né de plusieurs choses : la peur d’ennuyer, la peur qu’on ne m’écoute pas, et aussi la peur du bide. Et puis, mon personnage est dans l’urgence. Il est complexé, il a peur qu’on ne l’écoute pas, il est survolté et parano. C’est aussi pour ça qu’il faut que je parle vite. Ce qui est drôle, c’est que du coup, à chaque fois que je réponds à des interviews, on me dit que je suis plus molle en vrai. Ce qui est vrai. Mais en ce moment, je travaille pour ralentir un peu le rythme de mes paroles, j’essaie de gagner en confiance, j’ai envie de jouer avec les temps et les silences.

 

L’émission On n’demande qu’à en rire, tu en gardes quel souvenir ?

C’est un très mauvais souvenir, mais qui a provoqué de bonnes choses en moi. J’ai beaucoup de mal à être jugée. Par un public, pas de problème. Mais par un jury, c’est plus compliqué. Du coup, dans On n’demande qu’à en rire j’ai un peu retrouvé ça : des gens qui vous jugent avec des notes. Ils ont le pouvoir de vous humilier. Mais c’est moi qui avais choisi de faire cette émission Je me suis dit qu’il fallait que je prenne des risques et j’ai pris ce risque. Quand j’ai été très mal notée et jugée par Catherine Barma et surtout Jean Benguigui, je me suis rendue compte à quel point j’avais ce métier dans la peau . Les coups durs sont de très bons tests pour savoir si on a vraiment envie de quelque chose. Et moi, j’en avais vraiment envie.

On ne devient pas quelqu’un d’autre parce qu’on a accouché, c’est important de le dire.

Comment te vois-tu évoluer ? Devenir mère par exemple, ça donne souvent lieu à un nouveau spectacle pour certaines humoristes, ce sera le cas pour toi?

Je n’ai pas envie de faire un spectacle uniquement sur la maternité ou sur la grossesse… parce que ça ne m’intéresse pas tant que ça, en fait. Cela appartient à ma vie privée. Je pense que ce qui m’intéresse plus, c’est le fait de grandir, de devenir adulte. Je vais certainement écrire quelque chose là-dessus. Mon spectacle traitera sûrement de ce qu’un bébé ne change pas : on ne devient pas quelqu’un d’autre parce qu’on a accouché, c’est important de le dire. (Rires)

On te voit à la télé, à la radio, sur scène… Où te sens-tu la plus à l’aise ?

Je ne suis jamais à l’aise, il faut le savoir ! Mais là où je suis la plus naturelle, sans hésitation, c’est sur scène.

… Le lieu où tu t’éclates le plus ?

Encore la scène ! A cause du rapport avec le public. Le problème, c’est que je cogite énormément. J’ai le trac avant et le trac après. J’analyse : est-ce que c’était bien ou pas? Est-ce que j’aurais pu faire mieux ? Est-ce que les gens me détestent ? Avec la scène, ce que j’adore, c’est l’immédiateté du truc : si ça se passe bien, les gens rient, et c’est aussi simple que ça. La scène, c’est là où on se sent le plus entourée. Sur un plateau de télé ou à la radio, même si des millions de personnes te regardent et t’écoutent, tu te sens plus seule que face à un public.

… Le plus contraignant ?

Je suis toujours très heureuse de faire tout ce que je fais. Le plus contraignant, finalement, c’est le mélange de tout : il faut que j’arrive à être inspirée, que j’arrive à ne pas me lasser de moi-même, que je trouve de nouvelles idées…

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Nora Hamzawi est en tournée dans toute la France.

… L’endroit où tu te vois évoluer toute ta vie ?

La scène. Et peut-être aussi la radio. Je me dis parfois que si je n’avais pas été comédienne, j’aurais bien aimé faire de la radio : c’est très chaleureux, très unique et j’aime bien ça.

Le cinéma, c’est un milieu qui te tente ?

NH : Ca me tente ! D’ailleurs, il y a un film en cours, écrit et réalisé par mon frère (qui a déjà écrit 20 ans d’écart), et qui sera à priori tourné au printemps prochain. Ce qui est drôle, c’est que mon tout premier désir, c’était de faire du cinéma. Mais jusque-là, il y a peu de choses qui m’ont donné envie d’y aller. Bien sûr, il y a le film de mon frère que j’ai très envie de faire, mais il n’y a pas non plus mille projets qui me tentent. Après, je n’ai pas non plus été appelée pour mille projets (Rires)

 Je ne vois pas de genre à l’humour

Il y a de plus en plus de femmes qui font de l’humour, elles ont le vent en poupe ? Qu’est-ce qui te différencie des autres ?

Je pense qu’on est toutes extrêmement différentes, et que le sujet de la femme dans l’humour est un non-sujet. C’est bien qu’on en parle parce qu’on est de plus en plus nombreuses. Tant mieux ! Mais je pense qu’il n’y a rien qui me différencie plus d’une femme humoriste que d’un homme humoriste. On a juste chacune notre voix et chacune notre propre manière d’être femme. Comme je ne vois pas de genre à l’humour, je pense qu’on a chacune des choses très différentes à défendre dans notre façon de faire rire.

Es-tu tentée de parler de la situation de la Syrie dans tes sketchs ?

Pas du tout, parce que je ne suis jamais allée dans le pays. J’aurais trouvé ça très racoleur de parler de quelque chose que je ne connais pas, surtout à cette période-là. Je suis née à Cannes et j’ai gardé très peu de contacts avec ma famille là-bas. Je n’aime pas m’exprimer sur ce que je ne maîtrise pas.

Tu es déjà montée sur scène à Lille ?

Oui, j’ai déjà joué à Lille deux ou trois fois, notamment à La Péniche. C’est un public que j’aime beaucoup, très accueillant et chaleureux. Et puis surtout, à Lille, on rit beaucoup, et c’est déjà ça !

Il reste encore des places pour aller l'applaudir au Splendid de Lille le samedi 21 janvier 2017.
Marilou Therre

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