Ma vie d’artiste : question-réponse avec la chanteuse de La Femme

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Vivre sur scène à 19ans :  c’est le quotidien d’Ysé, chanteuse pour La Femme depuis juin 2020. Pour Circonflex Mag, elle a accepté de répondre à nos questions.

Ysé a 19 ans et elle suit une licence de philosophie. Et quand elle n’est pas sur scène, elle habite dans le 17e arrondissement de Paris. Elle a rencontré le groupe en décembre 2019 par l’intermédiaire d’un proche qui connaissait bien Marlon, membre fondateur de La Femme. A cette époque, ils cherchent une nouvelle chanteuse, et Ysé veut vivre de sa musique. Elle les rejoint officiellement en juin 2020, et commence la préparation de la tournée que le groupe prévoit à l’occasion de la sortie de son nouvel album Paradigmes (sorti l’an dernier).

Comment se sont passés tes débuts avec le groupe ?

J’avais 17 ans à l’époque, et le groupe hésitait à me recruter. Mon âge pouvait poser des problèmes dans certains pays, comme aux Etats-Unis où la majorité est à21 ans. J’ai passé une audition qui ne s’est pas franchement très bien déroulée. A cause du stress, je n’ai pas pu montrer ce que j’aurais voulu. La suite, ça a été du travail, beaucoup de travail. Je n’avais pas eu de réponse définitive, mais on m’avait déjà demandé d’apprendre une liste de chansons. Dans le doute, et pour montrer que j’étais déterminée, j’en ai appris le plus possible. Je ne croyais pas à mes chances d’être prise pour de bon, je n’imaginais pas que je puisse me lever un matin et qu’on me dise oui. Surtout que le confinement est passé par là. Je n’ai pas eu de nouvelles du groupe pendant 2-3mois. A force de travail, j’ai fini par croire à mes chances d’intégrer le groupe. Je me disais aussi, pour me rassurer, que tout le travail que je fournissais ne serait pas perdu si j’étais recalée.

J’ADORE LA VIE QUE JE MÈNE

Et voilà que tu es prise dans le groupe, à enchaîner les concerts. Tu arrives à gérer vie de scène et vie privée ?

Conjuguer les deux ne me pose pas vraiment de problème. Je ne recherchais pas du tout de la stabilité. Je voulais bouger, voyager, voir de nouvelles choses. C’est un mode de vie qui me convient. Mais il y a bien entendu des trucs qui sont frustrants.Je vis en décalé avec mes potes. Souvent, quand je rentre chez moi, mes amis sont en plein milieu de leur semaine, ils bossent ou étudient. A l’inverse, la plupart du temps, quand je suis prise par les concerts, c’est en fin de semaine et le week-end… On arrive toujours à trouver du temps à partager avec les gens qui me sont proches. Mais je “sacrifie” un peu d’autres amis, c’est dur de garder des liens. J’aimerais bien voir plus souvent ma petite sœur qui a 4 ans. Mais après tout, ça n’est pas dramatique. J’ai fait un choix et j’adore la vie que je mène.

Où en es-tu dans tes études ?

C’est là où c’est un peu compliqué…(rires) J’ai pas mal de retard sur les autres. Mais je compense en aimant profondément le domaine que j’étudie. L’avantage avec la philo, c’est aussi que je ne suis pas obligée d’être hyper assidue. Je peux broder aux examens.

D’un autre côté, étudier me permet vraiment d’avoir mes moments à moi, où je me mets dans ma bulle. Leur rareté m’oblige à être hyper en phase avec ce que je fais et à avoir une bonne concentration. Je pense que c’est aussi important de ne pas rester enfermée dans mon activité principale. J’y trouve beaucoup de réconfort.

AMBIANCE COLONIE DE VACANCES

Ce qui change le plus par rapport à ta vie d’avant ?

Il y a deux choses. D’abord le rythme de vie. Je travaille le soir, donc je me couche pendant plusieurs jours d’affilée à l’aube et je me lève à 14h. Inutile de préciser qu’on ne va pas gentiment se coucher après chaque concert, donc la fête est un peu constante. On change de ville chaque soir, on ne manque pas non plus d’endroits à découvrir.

Et j’ai dû apprendre à vivre en groupe. Je suis quelqu’un qui aime beaucoup la solitude. Quand on est en tournée, on dort dans des couchettes dans le TourBus, c’est vraiment ambiance colonie de vacances. On passe toute notre vie ensemble et c’est LE gros changement par rapport à ma vie “d’avant”, à tel point que maintenant, j’ai du mal à être seule (rires).

Ce n’est pas flippant de commencer une vie d’artiste ?

Ce qui me fait peur avec la vie que j’ai aujourd’hui, c’est qu’en l’espace de quelques mois, je me suis retrouvée à faire des concerts dans des salles de plusieurs milliers de personnes, à devoir contenter un public qui est avec le groupe depuis plus longtemps que moi. Il y a une adrénaline tellement intense quand je suis sur scène que j’en viens à avoir peur de ne pas m’y retrouver si tout ça s’arrête. Il y a aussi un autre aspect flippant : c’est le fait que tout soit incertain. J’ai énormément de chance d’avoir commencé ma carrière avec La Femme.  Mais ça ne m’apporte pas de garantie sur la suite de ma vie d’artiste, sur ce qui se passera quand je déciderai de me lancer en solo.

Comment vis-tu cette tournée ?

Hyper bien ! Je pense tout simplement avoir trouvé ce que je veux faire toute ma vie, ce qui a le plus de sens pour moi. Je ne me vois pas faire autre chose. D’ailleurs je ne sais pas si je pourrai faire autre chose (rires). C’est une expérience nouvelle à chaque fois, où l’on s’améliore de jour en jour. On est tout le temps surpris, que ce soit par une émotion qui se dégage quand on joue tel morceau ou par la réaction du public. On ne peut rien prévoir.

Combien de temps te vois-tu rester dans le groupe et qu’est-ce que tu aimerais faire après ?

Pour l’instant je ne me pose vraiment pas la question. J’ai trouvé un groupe dans lequel je me plais et qui fait une musique qui me correspond. Je vais finir la tournée avec eux et on verra bien. J’imagine que c’est plus simple pour eux de me garder après si tout continue à bien se passer. Pour ce qui est de mes projets futurs, je n’y pense pas trop non plus. C’est quelque chose sur lequel je me pencherai quand je serai prête à faire ma musique et à être seule dans le processus de création. On verra !