Des chaussons aux aiguilles

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Comme chaque année à Roubaix, l’école Esmod met en scène un défilé permettant aux étudiants  de présenter leurs créations. Cette année,  c’est Calliopée, 21 ans, qui a fait grande impression devant les jurys avec AURA -acte 1-, sa toute première collection. Circonflex vous emmène à sa rencontre.

Un prénom pas comme les autres, un sourire contagieux , une âme de danseuse … et un sixième sens pour la mode. Cette Roubaisienne de cœur est déterminée à faire de sa vie ce qui la passionne : créer des vêtements. L’accueil est chaleureux. Et c’est en sirotant un verre de jus d’orange qu’on l’écoute raconter son parcours.

« La danse c’est le point de départ » 

Calliopée a toujours vécu dans le milieu artistique.  Elle a derrière elle 11 ans de danse classique et contemporaine au Ballet du Nord à Roubaix. Très vite, elle est attirée par la mode. « J’étais fascinée par les costumes des danseurs. La danse, c’est vraiment mon point de départ. » Et puis il y a le hasard des lieux : Calliopée habite tout près d’Esmod. A force de passer devant l’école, l’envie de découvrir ce que cachent les murs la taraude. Et l’inévitable se produit. À 15 ans Calliopée assiste à son premier défilé Esmod et c’est le déclic. « Je me suis jamais posée de questions sur mon orientation,  pour moi, c’était logique. Depuis que je suis petite, les cadeaux que je réclamais, c’étaient des livres de stylisme ».

« De A à Z »

Mais passer des livres  à la création de toute une collection pour un défilé, ce n’est pas chose facile. C’est pour cela qu’à Esmod, on aborde tous les fondamentaux : « Durant notre formation, on touche vraiment à tout.  De A à Z . La couture, le patronage, le choix des  mannequins,  les shootings…  On peut vraiment voir toutes les facettes de la création d’une collection ». Pour avoir la chance de rentrer dans cette école, il faut d’abord décrocher un entretien : « J’avais fait un stage dans une maison de mode à Roubaix. Ils ont tout de suite compris que mon intérêt pour la mode ne tombait pas du ciel ».

« Des pièces qu’on peut mettre »

On les connaît, ces grands défilés avec des pièces qu’aucun d’entre nous ne porterait dans la rue. Notre jeune créatrice a mis un point d’honneur à dessiner des vêtements qui soient portables : « En imaginant ma collection, je me suis focalisée sur des pièces qu’on peut mettre, mais qui sortent de l’ordinaire. C’est ce que j’aime. C’est ce juste milieu là que j’ai essayé d’atteindre. Et comme j’ai eu la chance d’être récompensé 3 fois, je pense que c’était une bonne idée (rires)». Calliopée a remporté le prix coups de cœur Fashioncube, celui de Showroom privé, et celui du Printemps.

« Aura »

Sa collection est évidement liée à la danse. Elle porte un nom aussi intrigant que sa créatrice. « Aura est basée sur la danse et les émotions qu’elle génère. Je me suis inspirée de la célèbre chorégraphe  Pina Bausch. Elle a travaillé sur un ballet qui s’appelait Aura, et ce nom m’a touchée ». Assise sur son canapé, Calliopée caresse son chat et nous tend les photos des différentes tenues du défilé. Chaque détail a une signification. Ici, c’est la boucle qui est au centre de la création :  «  Beaucoup de nouages et d’ouvertures, essentiels pour la gestuelle du corps. Même mon logo n’échappe pas à cette exigence :  deux boucles qui se superposent et  ondulent grâce aux mouvements ». Toutes les collections ont une problématique différente. Celle de Calliopée, c’est de réaliser l’ensemble des pièces sans boutons. A la place, elle utilise des petites pressions invisibles. Son passé de danseuse ressort pleinement dans ses créations, elle remet au goût du jour des justaucorps, des cache-cœurs.

« Made in Roubaix »

Calliopée, très admirative des ressources de sa ville, souhaite que ses créations naissent au même endroit qu’elle :« Dans ma collection, j’ai vraiment voulu montrer le côté « made in Roubaix ». Tous mes tissus viennent de magasins situés à Roubaix, le jury a apprécié ». À une exception près : une tenue entièrement réalisée avec des vieux rideaux en soie sauvage retrouvés chez elle : « ils appartenaient à l’ancienne propriétaire, il y a plus de 20 ans. Ma mère les a lavés et j’ai fait tout un ensemble avec, c’est magnifique ! ».

« Défaire pour recommencer »

Vivre de sa passion demande un énorme investissement. Des nuits blanches. Des heures de galère sur une couture. Défaire pour recommencer.  Plus de vie sociale. Mais indéniablement, le résultat en valait la peine « Ce défilé, c’est plus qu’un examen de fin d’études. C’est une  occasion unique de se consacrer exclusivement, durant quelques mois, à la création d’une collection. C’est un formidable moyen pour se faire repérer ». Calliopée insiste sur le rôle que ses professeurs ont joué dans sa réussite : « les profs te poussent beaucoup. Si sur 30 looks, ils n’en valident que 5, il faut recommencer les 25 autres … même si tu les aimes bien. Et finalement, tu te rends compte qu’ils avaient raison ».

« J’aimerais beaucoup créer ma marque »

La toute jeune diplomée voudrait rester dans le Nord : « il y  a vraiment un gros potentiel de travail dans notre région. Je pense à des enseignes comme Camaïeu, Pimkie, Jules, qui m’offriraient l’opportunité de voir comment ça se passe dans une agence de prêt à porter ». Mais la jeune femme a de l’ambition : « Bien sûr, j’aimerais créer ma marque. Mais je n’ai que 21 ans…même si j’ai déjà terminé mes études (rires) ».

« Il n’y a pas deux Calliopée »

L’interview touche à sa fin. Elle avoue que lorsqu’elle était petite, le prénom Calliopée était difficile à porter.  Trop original. C’était sans compter son entrée dans une école de mode. « Une fois à Esmod, ça a vraiment été une force. Mon prénom, on le retient. On me repère parce qu’il n’y a pas deux Calliopée ». Et lorsqu’on lui en donne l’origine – une personne rêveuse, en demande d’inspiration au quotidien-  elle dit en souriant que ça lui correspond. Comme quoi il n’y a pas de hasard.

 

Instagram de Calliopée (et de sa collection).

Lien YouTube du défilé esmode 2021.