Le harcèlement scolaire

On en parle de plus en plus. Le harcèlement scolaire est une réalité que plus personne, Ministère de l’Éducation en tête, ne veut nier. La publication par La Voix Du Nord du journal intime d’Émilie, jeune Lilloise de 17 ans qui s’est suicidée au début de l’année, avait pour volonté de mettre en lumière ce sujet. Circonflex Magazine est allé à la rencontre de personnes qui ont subi ou combattent ce phénomène.

Le calvaire de François, 18 ans, étudiant en première année à l’Université Catholique de Lille, a commencé dès son entrée en sixième. “Je venais de l’école primaire d’un petit village. Un seul de mes camarades avait choisi le même collège que le mien. J’ai donc perdu de vue la plupart de mes amis d’enfance et cela m’angoissait profondément.” Les insultes, les moqueries, les brimades arrivent dès la rentrée. “Encore aujourd’hui je n’arrive pas à comprendre pourquoi j’ai été la cible privilégiée de toute cette haine. Je ne plaisais tout simplement pas aux autres. En moins d’une journée, je suis devenu la tête de Turc de tout le collège. Les coups et les injures se mettent à pleuvoir… François ne laisse pourtant rien paraître devant ses parents, qui ignorent tout du véritable supplice enduré par leur fils entre les murs du collège. De la sixième jusqu’à la quatrième, je n’ai jamais abordé ce sujet avec mon père ou ma mère. Je n’avais que des ennemis dans mon établissement scolaire ! Même les professeurs et le personnel encadrant étaient complices des humiliations que je subissais. J’ai menti à mes parents durant trois ans pour les protéger et surtout, pour ne pas les inquiéter.” Mais le silence a ses limites. Il est en quatrième quand un événement va tout changer. “Un jour, des élèves s’en sont pris à mon petit frère. Ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase! J’ai décidé de tout raconter à mes parents. Mes bourreaux étaient violents, je ne voulais pas qu’ils aient la même attitude avec mon frère.”

Au collège, je n’avais que des ennemis.

Ses parents portent plainte. François quitte son établissement scolaire et rejoint un petit collège de campagne. Alors, fin de l’histoire ? Non, car sortir d’une telle épreuve, c’est long et terriblement compliqué. Malgré l’aide des psychologues, François a mis du temps à se remettre de ces trois années d’enfer. “Après toutes ces histoires, je suis devenu quelqu’un d’hyper-violent et de très sensible. Je prends des anxiolytiques pour canaliser mes angoisses. Malgré tout, j’essaye d’avancer, mais comme l’a dit Victor Hugo, “celui qui ignore son passé est condamné à le revivre”. Aujourd’hui, le jeune étudiant est toujours suivi par un psychiatre.

Celui qui ignore son passé est condamné à le revivre.

Comment enrayer le harcèlement scolaire ? Le Ministère de l’Éducation Nationale commence sérieusement à se pencher sur ce problème, tente de trouver des ficelles pédagogiques qui permettraient d’enrayer ce phénomène, amplifié par l’usage des réseaux sociaux. Yann Jaunet, professeur de Français et de musique depuis une quinzaine d’années dans les collège de St-Joseph de Wattrelos et de St-Paul de Lille, est souvent confronté au harcèlement. “Le portrait type de la victime, c’est celui qui n’est pas exactement dans la norme, qui n’est pas comme les autres. Atténuer les différences, cela me semble être une bonne piste, un bon point de départ. Pourquoi ne pas remettre l’uniforme au goût du jour, par exemple…” Mais loin de Yann Jaunet l’idée d’accabler les jeunes harceleurs : “Attention, il ne faut pas tout mélanger. Les élèves qui exercent des pressions psychologiques et physiques sur un de leur camarades ne sont pas des tortionnaires. Ils ne le font pas par plaisir, ils sont surtout en quête d’identité. En harcelant un camarade, ils font acte de présence, ils montrent qu’ils existent, alors qu’en fait, ils crient à l’aide.”

Non-dits, silences coupables de ceux qui savent, silences angoissés de ceux qui subissent … Le harcèlement scolaire est une réalité qui commence à sortir de l’ombre et qui interpelle. Preuve en est avec le succès rencontré par la diffusion fin septembre, sur France 2, du téléfilm Marion, 13 ans pour toujours… qui raconte le suicide d’une jeune collégienne mise au ban par ses camarades. Une Journée Nationale autour de cette thématique a également été instituée, elle a lieu tous les 3 novembre. A cette occasion, de nombreuses associations, telles que Noélanie, l’AFPSSU ou encore la Fondation pour l’Enfance, qui combattent ce phénomène, sont mises en lumière. Il est plus que temps : en France, le harcèlement scolaire touche encore 12% des élèves …

Pour aller plus loin :
Replay du film diffusé sur France 2, Marion treize ans pour toujours
Article de La Voix Du Nord qui présente le journal intime d'Emilie
Simon Goeken

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