Des étudiants comme tous les autres

Après le démantèlement de la jungle de Calais, 80 migrants ont rejoint Lille afin de poursuivre leurs études. Grégory Masur et Sabrina Michel, intervenants sociaux ainsi que Meriaux Mannick, directrice d’hébergement adjointe chez Adoma nous en disent un peu plus sur l’accueil de ces migrants.

Circonflex Mag : Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste ce projet ?

Adoma : C’est un projet pilote, le premier de ce type en France. Il vise des demandeurs d’asile qui souhaitent suivre un cursus universitaire. Les migrants sont scolarisés à Lille 1, Lille 2 ou Lille 3 et suivent des cours de français. Le projet est vraiment basé sur de l’accompagnement social et tout ce qui est en lien avec la demande d’asile.

Comment ont été choisis les participants ?

Il y a eu une sensibilisation au sein de la Jungle. Certains ont été repérés, d’autres ont entendu l’appel fait aux personnes qui souhaitaient entrer dans ce dispositif. Le choix a ensuite été fait selon leurs parcours ou par rapport aux diplômes qu’ils avaient déjà. 80 personnes de 20 à 42 ans font actuellement partie du projet.

Avez-vous eu des étudiants qui ont quitté ce dispositif en cours de route ?

Les 80 étudiants sont toujours là, et plus de la moitié -50 personnes- ont déjà eu des réponses positives pour la demande d’asile. Du coup, on est dans une phase d’intégration, on travaille avec l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration) et on les oriente. On les aide aussi pour la sortie : le dispositif se termine le 30 juin.

Le but, c’est qu’ils poursuivent leurs études.

Quel est le but final du projet ?

L’objectif, c’est de les faire intégrer une autre formation pour qu’ils poursuivent leurs études et pour qu’ils puissent avoir une chambre étudiante ou un autre logement.

Comment évolue leur vie en France ?

Ça a été très compliqué au début, parce qu’ils venaient de la Jungle. Ils étaient suivis par de nombreuses d’associations qui leur proposaient différentes solutions. Du coup, ils se dispersaient, il a donc fallu qu’on se replace en disant : « attendez, ils sont pris en charge ici par Adoma ! ». Le but n’était pas d’écarter les associations mais de leur dire qu’on ne pouvait pas offrir plusieurs chemins à ces étudiants. Aujourd’hui, notre travail, c’est de les aider à devenir autonomes dans leurs démarches. L’amélioration de leur niveau de français leur permet justement de gagner en autonomie, même s’ils restent dépendants sur le plan financier.

Quel est leur rapport avec la vie en dehors du centre d’hébergement ?

Ils sont comme tous les autres étudiants. Ils ne sont pas du tout fermés, au contraire, ils ont plein d’amis, des bénévoles, des étudiants, des copains, des copines, comme tous les étudiants en France. Si on se balade dans Lille, on peut les croiser. Ce sont des gens lambda, comme nous tous, qui essaient de s’intégrer et qui en ont l’envie. Ils sont vraiment motivés par ce projet, on l’a ressenti dès leur arrivée. Et puis certains vivaient déjà à Calais depuis quelques mois, ils avaient déjà un peu compris la France.

80 profils différents.

En dehors de l’aide fournie par Adoma, sont-ils accompagnés ?

Les trois vice-présidents de la vie étudiante de chaque université ont créé 5 groupes d’étudiants bénévoles : groupe accueil en famille, administratif, aide aux devoirs, culturel et collecte de dons. Se greffent d’autres associations qui vont notamment donner des cours de français pendant les vacances. Ensuite, les migrants choisissent s’ils vont travailler avec eux ou pas, tout dépend de leur degré d’autonomie. C’est 80 profils différents, qui n’ont pas tous les mêmes besoins. Certains demandent de l’attention, d’autres plus de liberté.

Pourront-ils bénéficier d’aides du CROUS une fois le projet terminé ?

Oui, c’est prévu pour certains. Une fois la demande d’asile acceptée, ils rentrent dans le droit commun comme tous les autres étudiants. Ils pourront donc bénéficier des mêmes avantages. Ils seront libres de choisir une formation… comme ils seront soumis à un numerus clausus s’ils veulent aller en médecine… comme ils seront soumis aux capacités limitées d’accueil s’ils vont dans des filières sélectives.

Que de bons retours.

Le but, c’est donc de leur donner une vie « normale » ?

Oui, c’est le but. C’est aussi le rôle de l’OFII, qui signe un contrat avec eux et propose des formations de français, des formations civiques pour expliquer les règles en France, les lois, le travail.

Ceux qui vont bénéficier du droit d’asile, pourront-ils faire venir leurs familles ?

Bien sûr, c’est le souhait de certains d’entre eux. Mais le rapprochement familial, c’est une opération qui demande du temps. Et il faut que le demandeur ait au préalable une situation stable en France

Quel est le regard des personnes autour de vous ?

Les gens avaient peur de leur arrivée : les sans-papiers souffrent d’une image négative. Alors bien sûr, notre projet s’est heurté à de nombreux préjugés. Aujourd’hui, nous n’avons que des retours positifs : ces étudiants sont comme tout le monde…

Adoma, qu’est-ce que c’est ?
Adoma, ancienne Sonacotra, est un bailleur social, le premier de France. Cette entreprise ouvre ses portes aux plus démunis pour qu’ils puissent avoir une chambre en collectif ou un studio à faible loyer.
L’Université de Lille est l’investigateur du projet, Adoma a ensuite été sollicitée pour la prise en charge des migrants au sein de la structure qui les accueille et pour la demande d’asile, en résumé pour tout ce qui concerne la procédure.
Marie Tendron

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