Gérémy Crédeville,  parfait et modeste

C’est en bon média journalistique que Circonflex Mag aime se balader dans les rues de Lille à la découverte de nouveaux sujets. Bien évidemment, la promenade devant le Spotlight, salle mythique de l’humour lillois a porté ses fruits. Parmi les dizaines d’affiches plaquées sur la devanture, celle de Gérémy Crédeville

C’est un mardi matin, dans un bar calme de la ville de Lille, que nous avons rencontré Gérémy Crédeville. Lorsque nous poussons la porte, il est déjà là, arrivé depuis 20 minutes. Nous nous sommes donc installés à sa table où il nous attendait patiemment devant son Perrier citron. Après avoir présenté notre média, nous lui avons laissé la parole afin qu’il se raconte, car effectivement, à ce stade de l’article, vous ne savez toujours pas qui il est.

Gérémy Crédeville est un humoriste lillois aux mille casquettes. Il est connu grâce à ses nombreuses prestations au Spotlight. Il s’y produit 4 fois par mois, avec deux concepts différents : Tournée générale et Crash textes.

Le principe de Tournée générale, c’est l’impro, concept complexe s’il en est, mais qu’il maîtrise sacrément bien : dès son jeune âge, il pratique l’improvisation dans une troupe de théâtre. Lors de Tournée générale, chaque spectateur note un mot de son choix sur un tableau -150 au total- et Gérémy a 1h30 pour tous les utiliser. S’il réussit, il offre une consommation à l’auteur du dernier mot dont il s’est servi.  S’il échoue, c’est tournée générale pour toute la salle. Un spectacle dans lequel il ne doit pas faire preuve d’ hippopotomonstrosesquippedaliophobie -la peur des mots longs, pour ceux qui seraient un peu perdus- car le public prend un malin plaisir à les dégoter, ces mots à rallonge. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, payer une tournée générale ne lui arrive que très très, oui, très rarement.

Le second spectacle du Spotlight, c’est le Crash textes : 3 artistes minimum viennent tester du nouveau matos en compagnie de Gérémy. Toutes les 5 minutes, les compères demandent l’avis du public : « Soit les spectateurs apprécient ce que l’on fait, et ils se lèvent. Soit ils n’aiment pas, dans ce cas, ils restent assis. Troisième possibilité : ils sont un peu dubitatifs, ils se mettent debout et nous tournent le dos. ».

Ces Crash textes sont très utiles pour Gérémy, ils lui permettent de tester ses chroniques écrites pour France Inter ainsi que de commencer le rodage d’un second spectacle.

Je prends le contre-pied en me montrant tel que je suis !

Circonflex Mag a –mais oui !- l’honneur de vous annoncer qu’après Parfait et modeste et sa variante En vrai, le titre, on s’en fout, Gérémy est en plein dans l’écriture d’un nouveau spectacle. Un spectacle qui est donc l’inverse des premiers : « Pour Parfait et Modeste, je m’étais créé un personnage à qui rien n’arrivait de mal. Sauf que ma vie, c’est tout sauf ça. Par exemple, ce matin, je dépose ma fille à la crèche et je me rends compte au bout d’un quart d’heure de marche que j’ai oublié d’enlever les sur- chaussettes qu’ils nous donnent pour pénétrer dans l’établissement. Ce sont des trucs de la vie, tout bêtes, que je n’avais pas abordé dans le premier spectacle. Cette fois-ci, je vais vraiment prendre le contre-pied, et me montrer tel que je suis. »

Justement, en parlant de qui il est… Gérémy est né en 1987 dans la grisaille du nord de la France ou plutôt des Hauts de France -beaucoup plus classe, tout de suite- dans une charmante petite ville à 50 kilomètres de Lille, Béthune. Il monte très tôt sur scène grâce à sa troupe d’improvisation mais loin de lui l’idée de faire carrière : « Improvisateur, ce n’était pas un métier… Pour vivre, je faisais du coaching sportif à domicile ».

C’est totalement par hasard que notre humoriste croise le one man show. Pour une simple histoire de vengeance amicale. « Un de mes amis s’est marié et ne m’avait pas choisi comme témoin. Un peu vexé, pour me venger, j’ai écrit un petit sketch. J’ai imaginé les 10 pires discours qu’un marié pouvait recevoir de son témoin ». Malheureusement…ou heureusement pour lui, la femme de cet ami apprécie l’exercice. Elle l’inscrit à un concours d’humour, qu’il  gagne haut la main …justement avec ce sketch. « Le gagnant de ce concours avait l’obligation, l’année suivante, de faire 3 dates avec un spectacle complet. Du coup, j’ai brodé tranquille, en me disant que je ne jouerais que devant mes amis. Je n’avais pas prévu que ça allait si bien marcher. »

Je me sens tellement à ma place que je n’ai pas peur.

La carrière de Gérémy est lancée. Son plus beau souvenir professionnel, il le vit 3 mois plus tard. « Je fais une première partie au Sébastopol devant 1400 personnes alors que je n’ai que 3 mois de scène dans les jambes. Les gens se lèvent, applaudissent, ça se passe super bien. Cette nuit-là je n’ai pas dormi, j’étais encore en pleine euphorie et je me suis dit : c’est dingue, on peut vivre un truc aussi fort pendant une heure et demi. C’est ça que je veux faire ».

 

Gérémy l’avoue volontiers, par chance, il ne connaît pas le stress, le gros, le vrai.  : « Je me sens tellement à ma place que je n’ai pas peur ». Pourtant, il y aurait de quoi : tous les jeudis, sur France Inter, il décrypte l’actualité avec humour dans sa chronique La drôle d’humeur de Gérémy Crédeville. Et là, bien sur, pas question d’arriver les mains vides « Je trouve qu’il n’y a rien de plus inspirant que les deadlines. On  écrit, on doute, on se dit que ce n’est pas terrible. Et puis on trouve le bon angle, et c’est parti ». Géremy aime rire de tout, tant que le sujet l’intéresse. Son évolution sur France Inter a été fulgurante. Après des débuts compliqués -« France Inter, c’est quand même un autre genre d’humour que la scène »- il a trouvé sa place et l’humour qu’il voulait apporter : « En mai dernier, j’ai eu un déclic : je me suis mis à faire des petites chansons à la fin des chroniques. Ça a bien marché ». C’est donc avec grand plaisir, et sans syndrome de la page blanche, qu’il se rend chaque semaine à Paris pour enregistrer sa chronique.

Pour continuer dans les expériences nouvelles, c’est dans un film intitulé Joyeuse retraite que Gérémy s’est essayé au métier d’acteur.  Sortie prévue le 20 novembre. Un casting prestigieux avec Michelle Larocque, Thierry Lhermitte ou Louis-Denis Elion. Il a pris son pied. « Sur scène, il y a de l’interaction directe, on ne peut pas tricher. Au cinéma, quand la prise se passe mal, on la refait. Ce sont deux expériences vraiment différentes. ».

Il le pense vraiment, sa carrière est faite de très heureux accidents. Gérémy sourit, il s’esclaffe : « C’est aussi comme ça que je suis devenu papa ».

Laurane Becquerelle

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