Précarité menstruelle : quand les règles coûtent trop cher

Si les étudiantes écossaises bénéficient de protections hygiéniques gratuites depuis cet été, la reconnaissance de la précarité menstruelle en France est encore lente et difficile. Heureusement pour nous, les filles, une mutuelle étudiante française a sauté le pas. Circonflex Mag est allé à la rencontre des lilloises pour discuter de la bonne nouvelle et d’un sujet encore tristement tabou.

Combien coûtent chaque année les règles aux femmes ? Le site de la BBC a fait les calculs pour nous : elles couteraient environ 300€ par an (en comptant les antidouleurs, les protections hygiéniques, les sous-vêtements, etc…). Et quand on demande aux Lillois à quelle dépense ce montant peut bien correspondre, ils nous répondent : « forfait de téléphone », « transport », « les bars ? Ah non ça ça coûte bien plus ahah ! ». Ils ont de l’humour, mais aucun ne pense à une dépense pour un produit aussi nécessaire. En résumé, les protections intimes… ou quand un produit de première nécessité se transforme en produit de luxe !

« Si j’économise, j’aurais de quoi m’acheter une belle voiture avec ça ! » en rigole Éloïse, étudiante lilloise pragmatique. Les premières touchées par cette difficulté sont évidemment les étudiantes, les sans domicile, les travailleuses pauvres. D’après une étude Britannique (Women For Independance, 2017), une femme sur 5 a déjà renoncé à acheter des protections hygiéniques, faute de moyen. Franchement pas rigolo, tout ça.

Alors jusqu’ici, quelles solutions pour pallier à ces difficultés de porte monnaie ? La plupart des femmes ne savent pas à qui elles peuvent demander de l’aide. « Si j’étais confrontée à ce genre de difficultés, je ne saurais pas vers qui me tourner », nous explique Emma, Lilloise inquiète.

Heureusement, les associations sont là. De nombreuses asso’ organisent des collectes et redistribuent des produits hygiéniques aux sans-abris et dans les écoles. Les Restos du Coeur par exemple, et principalement la toute jeune association regleselementaires.com.
Lauren, étudiante à Sciences Po Lille, est fière des initiatives prises par son école : « Dans les toilettes des filles, il y a des distributeurs de protections hygiéniques gratuites. Quand est ce que ce sera le cas dans toutes les écoles ? Je pense que ‘maintenant’ serait la bonne réponse ».

Toutes ces associations doivent cependant faire face à l’évidence contrariante que ce phénomène est encore tabou, aujourd’hui, en France, en 2018, alors qu’il concerne, accessoirement … la moitié de l’humanité ! Une drôle de pudeur incite les femmes à ne pas en parler trop fort. On chuchote discrètement dans l’oreille d’une copine pour savoir si elle n’a pas un tampon dans le fond de son sac. Les règles restent un sujet qui relève de l’intime, que l’on veut garder privé, et les femmes en difficulté économique n’osent pas toujours demander de l’aide.

Mais aujourd’hui, les langues commencent doucement à se délier (youpi!). En Angleterre par exemple, le mouvement #FreePeriods a été lancé en décembre 2017 par Amika George, une jeune Londonienne de 17 ans. Ce mouvement a fait la lumière sur une réalité : les femmes et jeunes filles en situation précaire n’ont pas accès aux protections périodiques. Chaque mois, les règles sont un calvaire pour elles. Comme pour des millions de femmes à travers la planète. Dans de trop nombreux pays aujourd’hui encore, des femmes se fabriquent des protections hygiéniques de fortune avec ce qu’elles ont sous la main : journaux, torchons, chaussettes remplies de sable en guise de tampon.

Mais de plus en plus de bonnes initiatives sont prises, et en plus, ça se passe chez nous, à Lille. L’année dernière, 6 étudiants de l’école lilloise SKEMA ont fondé le Queen’s cup project et ont distribué plus de 150 coupes menstruelles aux femmes sans domicile de la Métropole.

Et cette année, le bon élève est la mutuelle étudiante LMDE (La Mutuelle Des Etudiants), qui s’engage à rembourser à hauteur de 25€ par an les étudiantes. Bon, on ne va pas se mentir, ce n’est pas encore tout à fait ça, mais c’est un bon début. Hugo, jeune Lillois, est déjà convaincu : « Les femmes n’ont rien demandé, on peut les aider à acheter quelque chose dont elles ne peuvent pas se passer ! ». Il a tout compris, on lui donne 20/20.

Mais plus sérieusement, si un accès gratuit à ces produits sanitaires de première nécessité n’était qu’une question de dignité ? Si on décidait de faire de cette gratuité un principe ? Un droit ? Et si on décidait que demain les règles ne feront plus tache ? Ça vous dit ?

Alors à vos tampons et rendez-vous sur lmde.fr pour recevoir un p’tit coup de pouce et sur regleselementaires.com pour en donner un.

Et parce qu’on peut aussi tenter de faire passer le message en rigolant :

 

Mathilde Collet

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