Jean-Marie Duchemin : un disque à la main

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Rencontre avec ce titi parisien lillois qui anime le marché de Wazemmes tous les dimanches depuis 30 ans. Retour sur sa carrière de disquaire et son attachement pour le marché.

Jean-Marie Duchemin nous accueille dans son immense bureau rempli de vinyles, où se côtoient la punk, le jazz, le rock et bien d’autres styles musicaux. Il pousse deux, trois tourne-disques et enceintes et prend la pose, coincé entre ses 2000 disques. Il se prête volontiers à cet exercice et instaure un climat détendu et convivial – qui est à son image, très bohème – A 65 ans, ce disquaire en connait des rayons sur les disques et sur le marché de Wazemmes sur lequel il est présent tous les dimanches depuis 30 ans.

Ce n’est pas quelque chose qui passe sur The Voice !

Jean-Marie, nordiste de naissance, quitte sa Somme à 18 ans pour « entamer une vie de débauche à Paris ». « Je n’étais pas du tout dans la course aux études. C’était la période baba, hippy, révolutionnaire et j’avais raconté à mes parents que je voulais monter une communauté. Tu parles, une communauté de rien du tout ! C’était seulement un prétexte pour partir », nous raconte-t-il en rigolant.

Il passe du conservatoire classique à la chanson, de la chanson à la composition. En 1985, il se découvre une passion pour le monde de la collection de disques. « De fil en aiguille, j’ai appris à connaître le disque. Avant, c’était pour moi seulement un moyen d’écouter de la musique ».

Passionné de blues et de jazz, il nous parle de son disque de jazz qu’il a écrit et produit : « C’est un disque amateur, ce n’est pas quelque chose qui passe sur The Voice ! ». Après quelques minutes et pas mal de disques tombés de l’étagère, il nous présente fièrement son CD de standard Jazz en trio, pour lequel il a rédigé des paroles en français.

Disque de Jazz fait par Jean-Marie

« C’est ça, le marché de Wazemmes. Tout le monde y va »

De convention en convention, Jean Marie a fini par s’installer durablement sur le marché de Wazemmes à Lille, où il vend ses disques le dimanche.  La semaine, il poursuit ses petites affaires sur internet. Il n’a jamais eu envie d’ouvrir son magasin parce que ce n’est pas la même ambiance que sur le marché, il n’y a pas de convivialité, pas de partage : « on attend toute une journée que le client arrive. Finalement, il n’y a que les afficionados qui passent. Ça ne m’intéresse pas de poiroter pendant des heures ».

Sur le marché, tout le monde le connaît : les acheteurs habituels, les commerçants autour, dans les cafés en face… Sa femme Roseline aussi,  qui tient à coté son stand de confiture.

A l’époque, il était musicien punk et jouait dans plusieurs cafés et bistrots de Wazemmes, là où tous les musiciens se rassemblaient. Cette grande communauté n’a pas quitté le quartier. Elle  se retrouve maintenant le dimanche autour d’un café et d’une clope, nous dit-il.

« C’est le rendez-vous de tous, c’est très cosmopolite. Il y a des jeunes, des vieux, toutes religions confondues. C’est ça, le marché de Wazemmes. Tout le monde y va, même les catholiques qui vont à la messe le dimanche y passent ».

Entre deux disques vendus, il dit bonjour, aux amis, aux habitués, aux familles qui déposent leurs courses et laissent leurs enfants courir entre les stands. Ça ressemble à ça, une journée au marché avec Jean-Marie.

« C’est triste à dire mais l’âme de la brocante disparait »

Il raconte qu’il y a quelques années, la mairie a voulu déplacer l’endroit du marché deux rues plus loin ; l’éloigner du Parvis de Croix devant l’église Saint Pierre-Saint Paul. Les commerçants, furieux de ce changement, s’étaient rejoints à la mairie pour protester et avaient obtenu gain de cause. C’est un lieu qui est devenu sacré.

Avec toutes ces années sur le marché, Jean Marie a pu constater les changements qui sont arrivés. Il le regrette,  depuis 20 ans, la brocante dégringole peu à peu avec l’arrivée des grandes surfaces où l’on peut acheter ses meubles. Avec internet où l’on n’a plus besoin de se déplacer : « c’est triste à dire, mais l’âme de la brocante disparait ». Maintenant, sur le marché, la place est prise par des vendeurs de vêtements, de produits ménagers, de bijoux… De la brocante, seuls les livres sont restés.

Durant le Covid, le manque de lien social a été terrible pour Jean-Marie, mais aussi pour les habitués, qui pour certains, n’ont que le marché pour animer le quotidien. « Après le Covid, certains sont restés méfiants, mais la plupart des commerçants et des clients étaient ravis que ça reprenne. Quoi qu’il arrive, je continuerai jusqu’à ce que j’en puisse plus ! J’ai mes habitudes à Wazemmes, je ne vais pas me casser la tête à chercher autre chose ».

Disque de Jimmy Smith : un de ces préférés.