Prisonniers de la danse

Un seul mot rythme sa vie : la danse. Abdelhafid Moualek, hip-hopper free-lance depuis plus de 25 ans est un professeur de danse pas comme les autres. Son objectif ? Changer la vie de mineurs dans des établissement pénitenciers grâce à cet art. Allons vivre cette expérience le temps d’un instant, à travers les yeux de ce passionné.

 

Il avait horreur de danser. Rien ne le destinait à ce qu’il allait faire. C’est grâce à l’émission HIPHOP présenté par Sydney qu’il a compris. Il n’a jamais pris de leçons mais depuis toujours, il laisse libre cours à sa créativité. « Moi, j’étais juste un mec issu des quartiers, qui n’avait pas eu de formation de danse. Je me suis entrainé avec un morceau de carton dans la rue ». Son premier fan ? Sa mère. Aujourd’hui, c’est à plus de 800 élèves par semaine qu’il enseigne. Trente viennent d’un établissement pénitencier.

Ça reste des enfants

Ses deux premiers élèves sont des braqueurs de banques professionnels. Malik et Karim, 17 ans. 22 braquages dans la poche et il devait leur donner envie de danser. « Lors de mes premiers cours, quand je partais, j’étais en larme dans ma voiture. Ça reste des enfants ».

Trois règles maintenaient l’ordre. Sur la première, on pouvait lire : « On n’insulte pas la famille ». Les deux suivantes interdisaient le contact entre les détenus et la dégradation de matériel. S’ils ne les respectaient pas, c’était direction cellule.

 

 

En danse, le seul adversaire, c’est toi 

Ce qui lui a donné envie de continuer ? Leur reconnaissance. « Cette histoire, quand je t’en parle, j’en ai les poils qui se dressent ».  Un jour, visite surprise dans la centrale, démo de danse obligatoire. Il ne les a pas reconnus. En danse, le seul adversaire, c’est toi. Ils étaient toujours en combat avec eux-mêmes mais là ils ont tout sortis même des figures qu’il n’avait jamais vues. « Qui sème le vent récolte la tempête, là j’ai semé le vent et j’ai récolté une tornade d’amour ».

C’est le début d’une aventure. Il créé un évènement avec eux : le battle second souffle. Pendant 2 ans, il travaille avec acharnement aux côtés de Rachida Daty, Garde des Sceaux à l’époque, pour que des équipes extérieures sélectionnées gardent une place dans leur spectacle pour un détenu.

La danse est un canaliseur. Elle leur a permis de transformer ce qu’il y avait de plus négatif en eux en positif. En évoluant dans un cadre de respect, de transmission et de confiance.

 

 

La confiance ça se mérite 

La confiance, ça se mérite. Comme celle de Junior. Il l’a gagnée à la sueur de son front avec un concours de pompe. Une pompe d’écart, une pompe d’avance, 2 mois de danse aux côtés d’Hafid. Aujourd’hui, il est éducateur.

La plupart des personnes ne comprennent pas son activité. Selon ce professeur, ses élèves détenus ont le même droit que les autres d’apprendre à danser. « Oui, ils ont merdé, mais dans ces milieux, ton étiquette, c’est à la sueur de ton front que tu dois l’enlever. Ils font de la prison, ils ont payé leur dû ».

 

Contact Facebook: Abdelhafid Moualek Full

*Certains prénoms ont été changés pour sauvegarder l’anonymats des détenus.

 

Aurélia Petit

 

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