Tour ou pas tour ?

C’est LE rendez vous sportif incontournable de la période estivale. Vous le regardez en famille, ou avec des amis passionnés comme vous. Vous aimez les exploits des coureurs, la diversité des paysages traversés par la caravane… Il va falloir s’y faire, cette année, Covid oblige, il y aura du changement du coté du Tour de France. Déjà reporté à fin aout, le Tour qui n’a jamais été annulé depuis 1903 (hors temps de guerre), semble plus que jamais menacé. Pour en parler, nous avons interviewé Franck Trajber, directeur administratif et financier de Cofidis Compétition, équipe de la région qui participe chaque année au Tour.

Circonflex Mag : Alors, Tour ou pas Tour ?

Franck Trajber : Je pense qu’il aura lieu mais pas dans la version que l’on connait habituellement. Le Tour de France, c’est environ 4 500 personnes qui se déplacent chaque jour d’hôtels en hôtels. C’est une caravane de 120 véhicules avec un nombre conséquent de caravaniers. Sans oublier que 2-3 équipes sont rassemblées chaque soir dans le même hôtel. S’il y a un cas de coronavirus déclaré dans une équipe, en une semaine, il y a une épidémie dans tout le peloton. Je n’imagine pas, vu les conditions sanitaires que l’on connaît pour l’instant, que le Tour de France ait lieu dans une version classique. Je penche plutôt pour une version allégée.

Qu’entendez vous par version allégée ? Moins d’étapes ?

Non, surtout moins de monde, moins d’invités. Habituellement, les villages-départ rassemblent environ 1 500 personnes, sans compter le public qui vient autour. L’événement sportif en lui même pourrait être maintenu. Mais pour tout ce qui se passe autour du Tour -caravanes, tours en hélicoptère- le maintien me semble beaucoup moins sûr.

Mais c’est l’un des évènements sportifs les plus regardés dans le monde chaque année. C’est également une vitrine incroyable pour le monde du cyclisme…

C’est bien là le problème. Supprimer le Tour, ça risquerait d’avoir de grosses conséquences économiques sur les équipes. Faut il donc qu’il ait lieu ? Économiquement, oui. Sportivement également. Mais pour l’aspect sanitaire, très sincèrement non. Comment faire respecter au public les gestes barrières, la distanciation sociale ?

Le plus important, c’est de pouvoir remonter sur le vélo, courir à nouveau afin que chacun, organisateurs, sponsors ou équipes, y trouve son compte.

Pourrait-on alors envisager une sorte de Tour à huis clos ?

On peut toujours interdire aux spectateurs l’accès aux zones de départ et d’arrivée. Mais tout le long du parcours, on ne peut pas les empêcher de garer leur voiture 2 kilomètres plus loin et de venir à pied pour être sur le bord des routes quand le peloton va passer.

Quels sont les risques sociaux et économiques de cette pandémie pour le monde du cyclisme ?

Economiquement, il va y avoir un problème puisque les engagements contractuels entre les sponsors et les équipes n’étant pas remplis, les fonds n’arriveront pas aux équipes. Le plus important, c’est de pouvoir remonter sur le vélo, courir à nouveau afin que chacun, organisateurs, sponsors ou équipes, y trouve son compte.
Concernant l’aspect social, si les équipes n’arrivent pas à remettre la machine en marche, cela signifie que des coureurs vont se retrouver sur le marché. Tout comme des kinés, des mécaniciens qui se retrouveront eux aussi au chômage.

Pas de rentrée d’argent dans ce cas pour les coureurs ?

Ca dépend des pays. En France, ils sont considérés comme des travailleurs classiques avec des contrats traditionnels soumis aux droits du travail, ce qui entraine notamment le droit au chômage partiel. Dans certaines équipes étrangères, des coureurs peuvent être signés avec un contrat d’indépendant, ce qui signifie que sans courses, ils ne peuvent être payés.

En cyclisme, accepter de travailler pour l’autre, c’est essentiel.

Durant le confinement, comment avez-vous réussi à établir un suivi de l’entrainement ?

En fait, chaque coureur est doté d’un vélo avec une sorte de petite boîte noire (rires) et qui enregistre un tas de données (battements cardiaques, fréquence de pédalage, puissance développée …). Après chaque entraînement programmé, le coureur est tenu de partager ses données (ensuite analysées par des algorithmes) avec ses entraineurs. On sait donc quel coureur a fait quoi, en temps réel. Ça nous permet aussi d’avoir un suivi de son activité physique, du maintien des performances, mais aussi un suivi médical pour surveiller son état de santé.

On a une nutritionniste qui connait les régimes, les habitudes de chaque coureur, ses heures de repas, ses intolérances, ses allergies. Dans cette période de pandémie, les coureurs peuvent la contacter en cas de problème pour redresser le cap.

Comment allez-vous, chez Cofidis Compétition, amorcer l’après confinement ?

Pour l’instant, l’idée, c’est de retrouver des entraînements longs, les sensations de la route qui n’ont rien à voir avec celles d’un home- trainer. Ensuite, une fois qu’on aura les calendriers, il faudra préparer et programmer les coureurs pour ces courses, et surtout les réhabituer à l’esprit d’équipe : en cyclisme, accepter de travailler pour l’autre, c’est essentiel.

Simon Prouvost

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