Pourquoi la reine des citadelles n’entrera pas au patrimoine mondial de l’UNESCO ?

A la mi-novembre, la mairie de Lille a retiré la candidature de sa citadelle au patrimoine mondial de l’UNESCO, expliquant que cette reconnaissance pourrait entraver des projets d’urbanisation. On vous résume l’histoire.

Vauban la nommait au XVII siècle la Reine des Citadelles, mais ce n’est pas l’opinion de la mairie de Lille. La citadelle de Lille n’entrera pas au patrimoine mondial de l’UNESCO, a annoncé la municipalité à la mi-novembre. La citadelle se voit aussi retirée du Réseau Vauban, chargé du classement des fortifications de l’architecte de Louis XIV comme dans la ville du Quesnoy (Nord) et Breisach-am-Rhein en Allemagne.

Désirant depuis 2019 créer une ligne de tramway reliant le Nord et le Sud de la ville, la mairie a refusé l’entrée de la citadelle au patrimoine mondial de l’UNESCO, estimant que les règles de l’Unesco étaient trop strictes pour les projets d’urbanisation. Le conseiller municipal délégué au patrimoine Didier-Joseph François a mentionné que cette entrée dans le classement de l’UNESCO créerait une « zone d’incertitude » pour les projets d’urbanisation, en imposant une expertise tous les 4 ans. Une « zone tampon » serait établie jusque la Porte de Paris, d’après les estimations du Réseau Vauban.

 

« Une erreur historique »

 

Insatisfaite, la mairie, après avoir négocié avec l’Unesco, a retiré sa candidature. Elle a justifié sa décision en expliquant que ce projet de tramway n’est pas négligeable, et qu’il représente une phase importante du développement durable de la ville de Lille et sa métropole. De plus, pour qu’une bâtisse soit classée au patrimoine de l’Unesco, elle doit être visible, ce qui implique que plusieurs arbres auraient dû être abattus dans la citadelle.

 

Les associations de préservation du patrimoine et le Réseau Vauban sont dans l’incompréhension depuis cette « volte-face de la mairie ». « Une erreur historique », clame Dominique Plancke (EELV), ancien conseiller municipal au patrimoine. D’autres membres dénoncent des « arguments infondés ». En effet, pour les membres du Réseau Vauban, le classement au patrimoine mondial n’est pas en contradiction avec le développement durable et l’urbanisation. Ils mettent en avant le cas de la ville de Bordeaux : son tramway traverse tout le centre historique, inscrit au patrimoine de l’Unesco. La conseillère municipale Violette Spilleboute a elle aussi tweeté que la ville de Luxembourg avait reçu l’autorisation de l’Unesco pour la prolongation de son tramway en son centre historique.

Engraving of the Fortress of Lille, a pentagonal citadel of the city wall of Lille, in France, circa 1750-1800. (Photo by Kean Collection/Archive Photos/Getty Images)

De plus, en 2008, l’argument de la présence militaire avait été démonté suite à l’entrée de plus de 10 villes, dont celle d’Arras et sa citadelle, au patrimoine mondial. Il faut aussi savoir que la candidature pour entrer au patrimoine de l’Unesco a été faite en 2017 et le projet de tramway en 2019.

Tous ces arguments qu’exposent les associations viennent discréditer un par un ceux de la mairie. L’association Renaissance du Lille ancien avance elle-aussi ses arguments : « Le classement par l’Unesco représente, devant les instances internationales, un engagement à respecter le site. C’est un contrat moral et politique pour lequel la ville de Lille ne semble pas prête ». Argument appuyé par les membres des associations de préservations du patrimoine : « il n’y a pas d’incompatibilité entre la réalisation de ce transport en commun qui est indispensable et ce classement au patrimoine qui l’est tout autant. »

 

Hippolyte Gorisse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *