Les supporters lillois n’oublient pas.

Ce samedi 15 septembre, le LOSC était de retour au stade de La Licorne à Amiens. Un match particulier pour les supporters lillois, un an après la chute de la barrière de la tribune qui avait fait 29 blessés. Focus sur trois de ses supporters, tous présents lors de cet accident l’année passée et qui en gardent des souvenirs … difficiles !

Le 30 septembre 2017, Amiens reçoit Lille au stade de la Licorne. Au quart d’heure de jeu, les supporters lillois exultent et célèbrent le but de Fodé Ballo-Touré en s’appuyant sur la barrière de sécurité. Sous leur poids, celle-ci s’effondre. Résultat : 29 blessés.

Corentin, président du groupe de supporteur Go Rijsel  (Allez Lille en flamand) se souvient : « J’étais au premier rang. Quand on a marqué, c’était la folie. D’un coup, tout le monde est descendu en bas du parcage et avec la pression, la barrière a cédé. Heureusement pour moi, de mon coté, la barrière a tenu. ». Jeremy se rappelle bien de cette soirée également : « J’étais positionné au troisième rang devant le capo avec mes potes de Verlinghem quand la barrière s’est effondrée … Sa chute a eu un effet  « dominos » : le premier rang est tombé et a reçu le poids des personnes des rangées suivantes. »

Je n’ai pas dormi pendant les 2/3 nuits qui ont suivi l’accident.

Samedi soir, 550 supporters lillois étaient de nouveau réunis dans la tribune des visiteurs pour le match. Beaucoup d’entres eux avaient revêtus un gilet jaune, histoire de faire référence au chantier et à la vétusté du stade de la Licorne. Nos trois supporters l’affirment, ils conserveront à vie des images de cette soirée du 30 septembre. « Je n’ai pas dormi pendant les 2-3 nuits qui ont suivi l’accident », se rappelle Corentin. Tristan, quant à lui, se souvient parfaitement des minutes qui ont suivi l’effondrement de la tribune : « Ce qui me vient à l’esprit, c’est lorsqu’après avoir passé deux ou trois minutes dans la masse humaine, je me relève sur la pelouse, je regarde autour de moi, et je comprends ce qu’il vient de se passer ». Ces moments d’angoisse ont aussi marqué Jérémy : « J’ai encore en tête l’image de la tribune qui s’effondre ».

Au-delà du bilan humain qui aurait pu être bien plus lourd, Tristan dénonce le manque de réactivité des agents de sécurité et des secours. Avec ironie. « Ce qui m’a le plus choqué a été le comportement des autorités. Leur premier réflexe n’a pas été d’appeler les secours, mais bien les CRS, afin qu’ils forment un cordon autour de nous. On ne sait jamais : entre deux suffocations, on aurait pu aller provoquer des bagarres… C’est seulement une fois encerclés par une cinquantaine de CRS casqués et armés que l’on a vu les secours arriver ! ».

Voir ça en France, c’est très choquant.

Un an après, la colère n’est toujours pas retombée. Une mésaventure de cette gravité n’était plus arrivée en France depuis la catastrophe du Stade de Furiani à Bastia qui avait fait 18 morts et 2300 blessés. Après ce drame, les enceintes de Ligue 1 ont du se moderniser, on a construit de nouveaux stades. La ligue de Football Professionnel a imposé des normes de sécurité à respecter pour tous les clubs. C’est pour cette raison que Tristan est agacé : « Les autorités pointent constamment du doigt les faux pas des supporters. Mais ils se doivent d’être irréprochables, surtout sur des fondamentaux comme la sécurité. J’ai eu l’occasion d’échanger avec Marcelo Bielsa l’an dernier (ancien entraîneur argentin du LOSC) au Domaine de Luchin, et il m’a assuré qu’il avait déjà vu ce genre de chose en Amérique du Sud, là où la vétusté des stades est presque normale. Mais voir ça en France, c’est très choquant ».

Et la justice dans tout ça ? « La vraie victoire aura lieu dans les tribunaux. Et de ce côté-là, ça n’avance pas beaucoup : nous n’avons pas de contacts avec nos avocats. D’ailleurs, on les connaît à peine, nous n’avons aucune indication sur l’avancée des poursuites. Pas non plus de signe de vie de la part du LOSC, qui nous avait promis monts et merveilles » déplore Tristan. Le supporter a compris et n’espère plus rien des poursuites promises par le club : « Personnellement, je ne me fais pas d’idée et je ne pense plus à ça ».

La victoire de ce soir adoucit un peu la défaite de l’an dernier.

Le succès face aux Picards ce week-end n’effacera pas pour Corentin cette triste soirée du 30 septembre : « La victoire permet plutôt de remettre les choses à leur place car à la base, on avait marqué et on menait 1-0 lorsque la tribune s’est effondrée. On a rejoué le match intégralement pour finalement perdre 3-0. La victoire de ce soir adoucit un peu la défaite de l’année dernière, mais elle n’efface rien ». Tristan partage cet avis : « Avoir gagné ce match un an plus tard, ça fait plaisir pour l’équipe, mais ça ne répare pas les dégâts ». Jérémy préfère relativiser et avoir de l’ambition pour les Dogues cette année : « Le fait qu’on ait gagné cette saison à Amiens peut être considéré comme une sorte de revanche. Le LOSC a bien démarré bien sa saison, espérons que cette victoire signe le début d’une belle série ! »

Rémi Surrans & Clément Houzet

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