Dans les coulisses du plus grand cirque de France

Champ de Mars. 9 heures du matin. La journée a débuté depuis longtemps au Cirque Arlette Gruss. Ce n’est pas encore l’heure de la représentation. Pourtant, tout le monde s’active autour de l’imposant chapiteau. Circonflex Mag a eu le privilège de pénétrer dans les coulisses du plus grand cirque de France.

Nous entrons dans la cathédrale de toile, qui s’apprête à accueillir une quinzaine d’école de la région. Elles arriveront à 10 heures pour l’une des quatre représentations scolaires de la semaine. Pour monter un tel chapiteau, il faut compter deux jours et demi d’installation nous explique notre guide Romain Valencia, et pour le démonter « seulement » 10 heures. « Mais tout le monde met la main à la pâte, c’est une entreprise familiale, et les artistes s’occupent eux-mêmes de leur matériel ». Le cirque Arlette Gruss a pour particularité  d’avoir un chapiteau dont la toile est 100% made in France : « L’an prochain, il faudra le changer, ajoute Romain, on pourrait le remplacer par un chapiteau sans mâts, histoire de gagner de la place ».

cirque arlette gruss viviana rossi et l’on réinventa le cirque 2017 voltige lille
Le chapiteau au champ de Mars à Lille.

Au-dessus de l’entrée des artistes, les onze musiciens accordent leurs instruments. Au beau milieu de la piste, la cage des fauves est en place. Les régisseurs font les derniers réglages pour les quelques 300 projecteurs, ajustent les lasers… Nous passons le grand rideau de velours rouge, direction les coulisses. Loges des artistes. Costumes chatoyants. Lourds trépieds des éléphants… C’est un joyeux bazar. Dans un coin, Loïc Bettini discute avec sa marionnette. Cela fait 25 ans qu’il a rejoint le chapiteau blanc et rouge. Ce matin, il fera son numéro devant les enfants, non pas avec son compagnon habituel, un petit lion déluré, mais avec un joli dragon. Et les autres artistes ? « Ils ont quartier libre, nous explique Romain. Ils gèrent leurs journées comme ils l’entendent, du moment qu’ils sont prêts pour le spectacle. »

Chauffage, hydratation, parquet pour ne pas se blesser les pattes … Tout est prévu !

Nous sortons du chapiteau, pour nous retrouver au milieu des caravanes blanches et rouges. Celle de la direction et celle de Gilbert Gruss, qui a repris le cirque après la disparition de sa mère Arlette en 2006, sont toujours postée près de l’entrée du cirque. Il y a aussi la caravane de la costumière. Elle recoud et rafistole les costumes des artistes, qui viennent tous d’un couturier Parisien  précise Romain. « Les tissus sont choisis, assemblés et montrés ensuite à Gilbert avant de faire essayer les tenues aux artistes ». De l’autre côté du chapiteau, prêtes pour leur numéro, les six lionnes ont eu leur repas très tôt ce matin. Elles mangent en moyenne quatre poulets par jour et sont nourries matin et soir. Des femelles donc, mais aussi un lion, et même un lionceau qui a vu le jour ici, au cirque en 2015.

Juste derrière, c’est la tente des éléphants. Les quatre femelles, Babati, Jumbo, Bouma et Sya, dont l’honorable moyenne d’âge est comprise entre 40 et 50 ans, se font cajoler comme des vedettes: chauffage, hydratation, huile pour le contour des yeux, parquet pour ne pas se blesser les pattes … Tout est prévu ! Un peu plus loin, on trouve également une autruche, des lamas, des chameaux, des zèbres et même un zébrâne ! Bien qu’ils ne soient pas tous au programme du cirque cette année, il est possible de leur rendre visite à la ménagerie pour la modique somme de 2 euros.

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L’entraînement des chevaux de Linda Gruss.

Notre petit safari se termine aux écuries. Les seize chevaux de Linda, la femme de Gilbert, et de Laura, leur fille, sont prêts à assurer le numéro de cavalerie dont l’étalon noir Coban est le meneur. Chouchoutés comme des stars, les chevaux reçoivent trois fois par an la visite du maréchal-ferrant, tient à préciser notre guide. Le cirque d’Arlette Gruss se différencie des autres cirques par l’attention que les dresseurs portent à leur animaux : « lorsqu’ils arrivent à un âge où ils ne peuvent plus faire de numéro, ils ne sont pas revendus à des abattoirs, explique Romain. On les emmène dans la résidence d’hiver située au Mans, où ils finissent tranquillement leurs vieux jours ».

C’est un peu une ville dans la ville.

Passée la ménagerie, nous pénétrons dans le quartier des artistes. Certains vivent en famille dans leur caravane, d’autres sont seuls, comme les musiciens par exemple, et partagent une chambre avec un de leurs collègues. Au total, le cirque emploie 130 personnes. Des artistes espagnols, italiens, mexicains, ukrainiens, brésiliens, … mais aussi des membres de la famille Gruss, à l’image des enfants de Gilbert et Linda : Eros, 11 ans et sa petite-sœur Alexis, 7 ans. Comme tous les bambins de leur âge, ils vont à l’école, située juste à l’entrée du chapiteau. Dans une caravane aménagée en salle de classe, tous les enfants des artistes suivent des cours en français. Après l’étude, et seulement après, la vie du cirque reprend le dessus. En duo, Alexis et Eros présentent un numéro de voltige. Le cirque, c’est dans les gènes chez les Gruss !

Nous continuons notre visite des quartiers des artistes : bloc sanitaire, cuisine, cantine, laverie, … tout est prévu pour ne pas avoir à sortir de l’enceinte et pour gagner du temps ajoute Romain : « C’est un peu une ville dans la ville. Nous apportons environ 4 tonnes de denrées alimentaires avec nous. Sans parler de celles des animaux qui nous sont fournies par les agriculteurs du coin ». Toute cette nourriture est préparée par  trois cuisiniers polonais et ukrainiens, qui ont fort à faire pour remplir les écuelles de 80 personnes !

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Le chapiteau se remplit pour le spectacle scolaire de la matinée.

Il est 10 heures, c’est l’heure du spectacle réservé aux scolaires. La cathédrale est pleine, remplie de petites têtes blondes, les yeux déjà ébahis par la grandeur du chapiteau. Le spectacle commence. Jeu de lumières. Musique … Les fauves entrent en scène, le dompteur d’origine argentine les attend derrière les barreaux rassurants de la cage, … Pour dresser des lions de cette façon, il faut environ deux ou trois ans. Elevés en captivité par leur dompteur, nourris au biberon et dressés à la nourriture, un réel lien de confiance s’opère entre les lions et leur maître sous les lumières des projecteurs.

 

Pendant les 1h30 de spectacle, l’accent sera mis sur l’humour, les animaux, et les acrobaties, histoire d’en mettre pleins les yeux au jeune public. Un spectacle traditionnel certes, mais avec des grandes nouveautés : le numéro du mentaliste Claudio De Negri, celui du contorsionniste, ou encore celui des funambules à vélo. Chacun d’entre eux est sélectionné par Gilbert qui gère le côté artistique du cirque. Avec les nouvelles technologies, il lui est plus facile par internet, Youtube ou même par Facebook de découvrir des numéros inédit en France et de les importer. Le but est toujours le même : proposer du jamais vu , présenter au public un spectacle haut de gamme, digne de la réputation qui précède la caravane dans chacune des ville ou elle s’installe : le cirque Arlette Gruss est tout de même le premier cirque de France, et l’un des premiers en Europe …

Jusqu'au Dimanche 19 mars
Champ de Mars à Lille
Places à partie de 18€50
Mathilde Baron

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