À six ans, une boîte de crayon de couleur fait irruption dans la vie de Philippe. C’est par ce cadeau que chaque enfant reçoit dans sa jeunesse, qu’il découvre que l’on peut échapper à l’ennui.
Au bout de la longue rue de Solférino, on retrouve Philippe qui m’a donné rendez-vous dans son appartement. C’est aussi son atelier de création, celui où toutes ses idées prennent vie. Une casquette noire vissée sur le crâne, il prépare un café et m’invite à m’asseoir à son atelier.
Aujourd’hui âgé de 66 ans et père de deux enfants, il se souvient encore de ses premiers pas dans l’art : “Quand j’étais enfant, je m’ennuyais beaucoup, j’étais très angoissé. Un jour, mon père m’a offert une boîte de crayon de couleur. Je me suis mis à dessiner tous les jours.”
Ce qui a marqué un tournant majeur dans sa vie d’enfant et dans sa future carrière, c’est un voyage. Un voyage en Côte d’Ivoire qui aura duré dix ans.
“On a déménagé là-bas pour le boulot de mon père. En arrivant, j’ai vraiment pris une claque, et c’est là où j’ai commencé à fabriquer des objets de mes propres mains, avec des matériaux pauvres, comme le carton.” se remémore-t-il en souriant.
Il avale une gorgée de café, puis continue : “Les enfants faisaient leurs jouets eux-mêmes. J’étais très éloigné du côté “élitiste” que l’on peut retrouver dans les musées ou les galeries, même si je n’ai rien contre.” Cet environnement aura forgé son rapport à l’art, qu’il définit comme “fonctionnel, symbolique et désacralisé”.
“Je n’ai jamais voulu faire les Beaux-Arts.”
Philippe est resté fidèle à son enfance, à ses principes et aux valeurs dont il s’est imprégné lors de son voyage. Lorsque je lui demande le parcours académique qu’il a suivi pour devenir artiste, il le qualifie d’atypique et m’explique : “Je suis strictement anti-école ; je n’ai jamais voulu faire les Beaux-Arts. On m’a envoyé dans un lycée technique à Armentières, mes parents rêvaient que je devienne ingénieur.” Évidemment, lui, ce n’était pas son rêve, ni sa volonté. Il s’est alors plongé dans le seul passe-temps qui l’accompagnait depuis des années, le dessin. “C’était ma façon de m’échapper, les autres élèves l’ont vite remarqué. Tout s’est rapidement enchaîné : on m’a demandé de peindre des fresques dans l’internat, dans la salle des professeurs, jusqu’au lycée d’en face.” Il a 16 ans et comprend que sa vie vient de prendre un tournant décisif : « Je me suis dit « Putain, je suis peintre, c’est clair !»
“J’avais mon atelier, pas trop d’argent en poche mais j’avais la vie que je voulais.”
La nouvelle ne fait pas l’unanimité dans sa famille. Lui, il sait que c’est le bon chemin à suivre. “Ce n’était pas ce qu’ils attendaient de moi, pourtant les choses se sont bien passées. J’ai déposé un tableau en galerie, ça a marché tout de suite et il a été vendu. On m’en a demandé un autre, et c’est ce que j’ai fait. C’est comme cela que ça a démarré.”
Mais les débuts de carrière sont souvent synonymes de galère, surtout quand la seule source de revenus dépend de la vente d’œuvres uniques : “J’ai vécu dans une petite maison de campagne, sans eau courante. J’avais mon atelier, pas trop d’argent en poche mais j’avais la vie que je voulais.” Coup de chance, il réussit à acheter une galerie dans le Vieux Lille, rue Royale, qu’il va garder pendant trente ans.
“Je me lève je suis peintre, je me couche je suis peintre.”
Sa vie est composée de musique, d’écriture, d’expositions, de peinture, de sculptures en carton ou encore de dessins de presse. S’il y a bien des œuvres signées Hollevout que les Lillois ont sûrement déjà aperçues, ce sont ses fresques hautes en couleur. “Il y a une fresque située à Roubaix, rue de la Paix. La ville m’avait contacté pour peindre quelque chose car c’était un endroit souvent détérioré ». Il poursuit en redressant sa casquette : “Quand on peint une fresque colorée dans un quartier, ce n’est pas juste pour faire beau, c’est aussi dans un intérêt éducatif et social”.
Philippe définit son art comme “figuratif, inspiré du Pop Art et narratif ». Le hasard n’y a pas sa place”. Pour lui, l’inspiration, ça n’existe pas : “Je ne crois pas à l’inspiration. Je me lève, je suis peintre, je me couche je suis peintre, je ne me demande jamais ce que je vais faire.”
Tout au long de cet échange, il n’aura cessé de sourire : “Vivre de sa passion, c’est sublime, même si ce n’est pas toujours facile. On nous apprend à ne pas vivre de nos passions, à ne pas nous révolter, à ne pas être artiste et à fermer nos bouches. Il y a beaucoup de choses que je fais comme les autres, mais ma passion, c’est ma liberté.”
La nouvelle exposition de Philippe Hollevout se tient à Bruxelles, au Harmon House Hotel jusqu’au 11 mai. Toutes les informations sur ses œuvres et ses expositions sont disponibles sur son site internet ou sur son compte Instagram.