Bouquinerie du Sart : une librairie solidaire

On vous parlait l’année dernière du concept original des livres d’occasion à petit prix de la Bouquinerie du Sart, à Villeneuve d’Ascq. Aujourd’hui, ce sont les employés que Circonflex Mag met à l’honneur et en particulier ceux en réinsertion.

Être embauché ici m’a beaucoup aidé.

Guillaume a 23 ans. Il vient de Belfort. Il est employé en CDI à la Bouquinerie depuis un mois et demi. À sa sortie de prison, après un parcours difficile, on lui a parlé des emplois proposés par la librairie. CV et lettre de motivation en mains, il s’est rendu à un entretien d’embauche. Très vite, il a signé sa période d’essai.
« Être embauché ici m’a beaucoup aidé », explique Guillaume. Cet emploi solidaire lui a non seulement permis de se réinsérer dans la vie active, mais aussi de redécouvrir la vie sociale et de retrouver sa place dans la société. « Mes collègues de travail sont devenus des amis », s’exclame-t-il.

Mon rêve à moi, c’est la cuisine.

Ses projets d’avenir ? La restauration. « Mon rêve à moi, c’est la cuisine, c’est ce que j’ai vraiment envie de faire. On m’a dit qu’au bout d’un an ici, la Bouquinerie allait m’aider à atteindre mon projet pro », raconte l’employé.». Et c’est ce que va lui permettre la librairie. Car ici, le parcours d’emploi se réalise sur une année, renouvelable un an supplémentaire. Six mois pour trouver un logement et six autres mois pour trouver une nouvelle activité. La Bouquinerie aide ensuite ses salariés dans les démarches de leur projet professionnel futur et pérenne.

Soucieuse de leur avenir, elle leur délivre à la fin de leur période un diplôme symbolique « certifié La Bouquinerie du Sart ». Dans l’entrepôt de la librairie, il y a un mur sur lequel sont affichés les diplômes de ceux qui sont parvenus à trouver un emploi. Ceux qui n’y sont pas parvenus deviennent membres d’honneur.

La Bouquinerie c’est 50% de « réussite » dans sa quête de réinsertion.

Depuis 2015, Florent, le développeur informatique de la Bouquinerie, a vu les employés en réinsertion se succéder et a pu constater leurs évolutions. « La Bouquinerie, c’est 50% de « réussite » dans sa quête de réinsertion. 50% obtiennent le diplôme et les 50% restants échouent. La principale raison de cet échec : l’alcoolisme, explique Florent. Malheureusement, les employés qui ont des difficultés avec l’alcool replongent bien souvent et cessent de venir travailler, soutenant qu’ils peuvent s’en sortir seuls ».

La plupart des employés en réinsertion de la librairie sont des migrants qui possèdent les papiers. Pour Florent, ce sont les plus touchants. « Je pense notamment à ceux qui viennent d’Afrique. Ils ont vraiment l’envie de s’en sortir. La différence, elle est là. Des mecs qui ont galéré pour venir ici, ça marque », raconte le développeur informatique. C’est généralement eux qui font partie des 50% de réussite.

Se lever le matin et arriver à l’heure.

Un grand nombre d’employés de la Bouquinerie sont issus de foyers. Principalement de l’ABEJ, le centre d’accueil pour les sans-abris et les plus démunis, situé à Lille. L’organisation pré-sélectionne ceux qu’elle estime être les plus aptes et motivés pour venir travailler à la librairie. Les compétences requises pour être recruté ? Aucune, si ce n’est l’envie de « se lever le matin, arriver à l’heure et travailler », explique Florent. Leur mission ? Ramener à la librairie les livres qui sont dans les boîtes de collecte, les trier et faire du réassort. À l’origine, Guillaume n’était pas intéressé par la lecture. Mais cet emploi on ne peut plus littéraire a changé les choses. « J’aime bien regarder les livres. C’est des beaux livres. Il y en a des grands, des lourds, c’est bien », s’enthousiasme-t-il et il poursuit « Il y a des livres qui sont marrants et d’autres qui sont un peu spéciaux. » On n’en saura pas plus…

Tout le monde en est content.

En quatre ans, une dizaine d’employés en réinsertion ont poussé la porte de la Bouquinerie avec l’espoir de se relever. Le premier, Abdelhamid, a obtenu son diplôme en septembre 2016 après son embauche chez Kbane. « Tout le monde en est content », explique le développeur informatique. Leurs anciens salariés ne manquent pas de leur faire des retours sur leur nouveau travail. Abdifata a commencé en logistique chez Auchan. « Ils en sont très satisfaits alors ils nous demandent d’autres candidatures», raconte Florent qui lui, se sent bien dans cette librairie. Il est heureux de constater tout ce qu’elle a permis. « C’est canon d’être ici, j’adore être avec les gars. J’ai fait plein de rencontres », s’exclame-t-il.

Alternance, formation, CDI et même premier logement autonome… Autant d’opportunités qu’offre la Bouquinerie du Sart à ses employés. Elle se révèle être une passerelle, un intermédiaire entre la difficulté et la réinsertion définitive dans la vie active et sociale. En attendant de trouver l’emploi de ses rêves dans la restauration, Guillaume, lui, avance, pas à pas. Sa famille, il l’a mise à l’écart. Il « avance tout seul », fièrement, conscient que sa réinsertion, ici, « c’est pour avoir un avenir, ne pas rester à rien faire, faire de bonnes choses ».

Aline Richermoz
La Bouquinerie du Sart c’est :
  • 12 déménagements vers des logements autonomes.

 

  • 7 sorties positives vers un nouvel emploi.

C’est aussi :

  • 9 septembre 2016 : Premier diplôme, Abdelhamid part chez Kbane.

 

  • 3 mars 2017 : Second diplômé, départ de Cyril pour une formation de développeur web.

 

  • Octobre 2018 : Laure déménage dans son propre logement.

 

  • 31 octobre 2018 : Départ de Mohammed en alternance chez Norauto.

 

  • 11 décembre 2018 : Djenabou part pour une formation d’aide soignante.

   	

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