Dunkerque vu de l’intérieur

Et un et deux et trois ! Le film Dunkerque de Christopher Nolan a remporté trois statuettes hier lors de la 90ème cérémonie des Oscars. Trois trophées qui récompensent la prouesse technologique réalisée par l’équipe du film. Circonflex Mag a rencontré Quentin Zommer, étudiant lillois, embauché comme figurant durant le tournage sur les plages de Dunkerque. Il nous raconte cette belle première expérience.

Circonflex Mag : Huit nominations, trois statuettes : meilleurs montage, montage sonore et mixage son ! Rien à dire, pour ta première expérience cinématographique, tu ne t’es pas trompé de tournage !

Quentin : C’est vrai, commencer par un film récompensé aux Oscars, c’est quelque chose ! Avec huit nominations, j’avais bon espoir qu’il reçoive au moins une statuette ! Dommage qu’il n’existe pas de récompense pour le meilleur figurant !

Qui sait, peut-être que ta performance va inspirer le jury pour décider d’une nouvelle catégorie de prix ! C’est la première fois que tu participes au tournage d’un film, comment es tu entré dans l’aventure ?

J’ai appris début 2016 que la production recherchait des figurants, mais j’étais concentré sur mes études à ce moment là. Quelques mois plus tard, alors que je terminais mon année, l’université a partagé sur ses réseaux sociaux un appel à candidature. L’équipe de Nolan recherchait des femmes et des hommes de 18 à 30 ans pour un tournage au mois de mai. J’ai sauté sur l’occasion et j’ai répondu précipitamment à l’offre de casting en envoyant les photos demandées et en répondant aux questions posées. Et puis j’ai relu l’annonce, et là, j’ai perdu tout espoir d’être sélectionné : ils cherchaient des figurants pour incarner des soldats sénégalais et indiens. Je suis blond aux yeux bleus … Ils m’ont cependant appelé la semaine suivante en me proposant quelques jours de tournage pour tenir le rôle d’un soldat britannique.

Combien de temps es-tu resté sur le tournage du film ?

Ils m’avaient proposé quatre jours de tournage, mais je n’en ai finalement fait que deux. Le planning évoluait sans cesse, notamment en fonction de la météo. Pour mon premier jour, on m’avait demandé d’être présent « très tôt le matin ». Je suis arrivé sur le lieu du tournage à trois heures du matin ! Nous étions trois : l’agent de sécurité, un autre figurant, et moi ! Jusqu’à ce que les autres arrivent, vers quatre heures …

Rude, le rythme de travail ?

Pour vous donner un ordre d’idée, la journée a officiellement commencé à quatre heures du matin, moment où nous avons pointé et confié nos téléphones à la production. Elle s’est officiellement terminée à dix-sept heures trente. Ils appelaient ensuite les figurants par ordre alphabétique pour leur faire signer certains documents et leur rendre leurs effets personnels. Avec mon patronyme –Z comme Zommer !- et le nombre de personnes présentes à faire signer, je ne suis reparti du tournage qu’aux alentours de dix-neuf heures !

En voilà une bonne grosse journée ! Et l’ambiance sur la plage ?

Globalement, l’ambiance était bonne. Chaque section de figurants était sous la direction d’un chef de groupe francophone, en lien direct avec les assistants réalisateurs. Les chefs de groupe, très pédagogues dans leur approche, devaient gérer près de cinquante personnes parfois, avec quelques individus pas forcément très pro. C’est le comportement de ces derniers qui ajoutait du stress à l’équipe américaine, déjà très concentrée. On sentait que l’on participait à une superproduction, tant les professionnels avaient le sens du détail. Je pense à la chef costumière qui passait en revue chacun des 500 figurants, même ceux non cadrés, afin de parfaire leur tenue entre les changements de plateaux.

Tu as du te sentir super fier d’être sur un tel tournage ! As-tu quand même pu rencontrer les acteurs principaux du film, ou le réalisateur ?

Même si nous n’avons pas pu converser directement avec les acteurs ou le réalisateur, j’ai aperçu Fionn Whitehead de loin. Mais j’ai surtout eu la chance de voir Christopher Nolan, dont j’admire le travail, donner ses directives à un mètre de moi ! Il faut aussi souligner que Sir Kenneth Branagh, que j’avais adoré dans Harry Potter, a pris le temps, lorsqu’il remontait la digue, de répondre à chaque figurant qui le saluait, et en français s’il vous plaît !

Connaissais-tu déjà le cinéma de Christopher Nolan avant Dunkerque ?

Tout à fait, je l’ai découvert par sa trilogie du Chevalier Noir, le deuxième volet étant l’un de mes films préférés. J’ai tout de suite adhéré à la vision très réaliste”de son adaptation de comics, dépourvue d’éléments fantastiques. J’ai ensuite été bluffé par Inception, dans lequel jouaient Cillian Murphy et Tom Hardy , qu’on retrouve d’ailleurs au casting de Dunkerque. Enfin, plus récemment c’est Interstellar qui m’a fait passer un bon moment. Avec son épouse et son frère, ils forment un sacré trio !

Si c’était à refaire ?

Je le referais sans hésiter une seule seconde !

Est-ce qu’on va pouvoir te voir dans d’autres films ?

Pas pour le moment, mais j’ai depuis commencé une formation de théâtre et de cinéma, je veux me professionnaliser davantage. J’ai terminé mes études «classiques», je suis diplômé de l’Université de Portsmouth et de celle de Lille en didactique du français langue étrangère. Mais j’ai toujours voulu faire du théâtre ou du cinéma. Place à l’artistique maintenant !

Léa Jacquemin

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