A quelques jours de Pâques, les artisans chocolatiers entrentdans la période la plus intense. Hausse des coûts, clients plus exigeants et course à la production : la pression monte. À Lille pourtant, ils semblent traverser cette période sans encombre.
Dans la petite boutique Jeff de Bruges, les clients sont accueillis par les lapins et les œufs colorés. L’ambiance est au rendez-vous : ça discute, ça rit mais surtout ça consomme du chocolat. « Pâques c’est presque un tiers de notre chiffre d’affaires sur l’année », explique Céline, vendeuse depuis 5 ans. Pour les chocolateries, cette fête est en effet le deuxième moment clé, juste après Noël. Il faut donc s’y prendre à l’avance. Et cette année, Pâques arrive très tôt, donc pas de répit. La plupart des professionnels du chocolat se préparentdès janvier. « Sur nos 28 boutiques, on sort 70 000 à 90 000 moulages, ça ne se fait pas en cinq minutes », raconte en riant la gérante de la Chocolaterie Beussent Lachelle. Pour les enseignes plus haut de gamme comme Alain Ducasse, les recettes et les visuels de productions se préparent même un an à l’avance.
Les œufs personnalisés
À Lille, les points de vente se concentrent plutôt dans le centre. La rue Esquermoise, par exemple en compte au moinscinq. Mais alors, comment faire face à la concurrence ? Ici, la question ne semble pas se poser. Les commerçants s’en inquiètent peu, voire pas du tout. « On est très complémentaires, affirme même une vendeuse. Et surtout, on a notre clientèle habituelle ».
Les enseignes développent tout de même des stratégies avec des nouveautés comme les œufs personnalisés ou les moulages atypiques, plus modernes. Mais globalement, la demande évolue peu d’une année sur l’autre, car elle est ancrée dans des traditions. Elle reste axée sur les pralinés et les œufs pleins. Une tendance se dessine toutefois : les consommateurs semblent faire plus attention à leur santé. De nombreuses boutiques ont de plus en plus de demande en chocolat noir.
Les gens viennent pour la qualité
Ces dernières années, la France fait face à une hausse des coûts, notamment celle du cacao et du sucre. Ça n’inquiète cependant pas Maxime, jeune vendeur chez Lautrec « Nos prix ont augmenté, mais ça n’a pas eu d’effet direct sur notre chiffre d’affaires ». Même chose à la Chocolaterie Beussent où l’inflation ne les a impactés qu’à hauteur de 8%. « On est planteurs, donc on maîtrise toute la chaîne, explique la gérante ». À l’échelle lilloise, la hausse des prix a donc peu pénalisé les acteurs du secteur car Pâques semble s’inscrire dans une réalité plus locale.
À la question de savoir si les grandes distributions représentent une menace, toutes les boutiques répondent par la négative. « Aucun risque, les gens viennent pour la qualité »,affirme d’un air confiant Maxime. Même chose chez Beussent. « C’est deux clientèles différentes, explique la gérante, une pour la grande distribution et une qui veut du chocolat de qualité ».
« On leur offre des p’tits œufs »
Pâques c’est aussi l’occasion de fidéliser de nouveaux clients. Les enseignes sortent généralement des collections différentes chaque année, ce qui plaît beaucoup aux consommateurs. « Ils rentrent en voyant la vitrine, on leur offre des p’tits œufs et ils reviennent pour se faire plaisir. » s’amuse la gérante de Beussent.
Ainsi, malgré la hausse des coûts et la concurrence, les chocolateries lilloises semblent tirer leur épingle du jeu. Portées par une clientèle fidèle et des traditions bien ancrées, elles continuent d’attirer de nouveaux consommateurs. À Lille, Pâques reste avant tout une affaire de plaisir… et de chocolat.
Iona Husson


