Zoé Descamps, un choix de carrière réfléchi

Zoé Descamps, 18 ans à peine, est en classe de terminale en internat dans le cadre du cursus sport-études handball au lycée Gambetta de Tourcoing. En parallèle, elle joue au handball et évolue au club du LLMH (Lomme Lille Métropole Handball) en Division 2 nationale. Alors que l’année scolaire et la saison sportive s’achèvent bientôt, les semaines qui arrivent vont être déterminantes pour elle : entre le rêve d’une carrière professionnelle de handball ou l’orientation vers des études stables, le choix est cornélien… Rencontre avec cette jeune femme charmante, qui a les idées claires malgré son jeune âge.

Circonflex Mag : Salut Zoé, pourrais-tu nous faire un bilan de l’ensemble de ton année, à la fois sur le plan scolaire et sur le plan sportif ?

Zoé Descamps : Salut ! Je suis plutôt contente de mon année. Pouvoir évoluer en Division 2, c’est est super intéressant, même si je n’ai pas beaucoup de temps de jeu. Le cursus sport-études est assez dur à suivre car les journées sont longues et difficiles. Je profite donc des vacances de Pâques pour reprendre des forces !

Justement, parlons de la vie à l’internat. Quelle est ta journée type là-bas, de ton réveil le matin jusqu’au coucher le soir ?

Ça dépend des jours. Nos emplois du temps sont conçus pour que l’on finisse tous les jours à 16h afin que l’on puisse s’entraîner après. Le mardi, on a même un entraînement avant les cours, à 7h30. En général, on a deux entraînements par jour, espacés ou collés, avec des séances différentes à chaque fois. Le soir, je rentre à l’internat vers 19h30 pour manger et pour aller en étude obligatoire jusque 21h30. A 22h, chacun doit regagner son étage, et à 23h, extinction des feux. Les week-end, on a parfois de longs déplacements en club, on rentre tard le soir. Et pour moi, ça fait 3 ans que c’est comme ça…

On a toujours la tête dans le guidon.

Quand on t’écoute, on a l’impression que tu n’as aucun répit. Comment arrives-tu à concilier sport et école, sachant que tu passes de l’un à l’autre à plusieurs reprises dans la journée ?

D’abord, il y a une vraie solidarité entre les filles de l’internat. S’il y en a une qui galère pour un exercice par exemple, les autres ne vont pas hésiter à lui filer un coup de main. Après, on est très solitaire car le BAC arrive bientôt et on sait qu’on fait ça pour nous. Dès qu’on a un peu de temps, on essaie aussi de se poser ou de faire des siestes. Mais ça reste rare parce qu’on a toujours la tête dans le guidon.

C’était compliqué d’être loin de mes parents au début.

Avec cet emploi du temps chargé, quelles sont tes relations avec ta famille, tes amis ?

L’arrivée à l’internat a été radicale à ce niveau-là : j’ai perdu beaucoup d’amis du collège. Heureusement, je m’en suis fait plein de nouvelles à l’internat. J’ai beaucoup d’amis qui sont sportifs eux-mêmes, ils comprennent que je ne sois pas trop disponible à cause de l’internat. En ce qui concerne mes parents, c’était compliqué d’être loin d’eux au début. Maintenant ça va mieux. J’appelle ma mère 2 à 3 fois par semaine. Mais comme mes journées se ressemblent, je lui raconte souvent la même chose ! (rires)

Tu as pu faire quelques matchs en Division 2 à Lomme. Même si l’équipe va descendre à l’échelon inférieur, comment as-tu vécu ces matchs d’un niveau élevé pour la jeune joueuse que tu es ?

Je n’aurais jamais cru pouvoir toucher à la D2, ça me paraissait trop gros pour mon âge ! Comme l’équipe a eu un nouveau coach et qu’il ne me connaissait pas, j’ai dû faire de bons matchs avec la N2 (4e division nationale où évolue l’équipe réserve du LLMH). Grâce à ça, j’ai pu faire quelques entraînements au début et intégrer le groupe petit à petit. Les filles de l’équipe sont gentilles mais elles ne me font pas de cadeau pour autant. J’ai donc dû me faire une place !

J’ai la sensation d’avoir fait tout ça pour rien.

Tu arrives à un moment charnière de ta jeune vie d’adulte. Entre le bac, les vœux pour les études, ton début de carrière de handballeuse, quels vont être tes choix ?

J’ai pris la décision de refuser tous les centres de formation qui m’avaient proposé une place parce que je veux vraiment faire des études de kiné. Depuis toujours, je veux passer par les études de kiné en Belgique car l’apprentissage est beaucoup plus concret là-bas : on pratique dès la première année. Je pense donc tirer un trait sur ma carrière pro pour le moment. Les carrières de handballeuse sont souvent fragiles, avec des blessures, et le salaire d’une joueuse sur une courte carrière ne permet pas de vivre toute une vie.

Avec ces études exigeantes, je vais même devoir arrêter de jouer. Si dans quelques années, j’ai plus de temps, pourquoi pas revenir sur les terrains. Mais je donne la priorité à mon parcours universitaire.

Ndlr : Le salaire moyen d’une joueuse de handball de Première Division française était de 2690 Euros en moyenne par mois en 2018/2019. Il était de 7019 Euros pour les hommes, toujours en 2018/2019…

Tu as fait des stages en Equipe de France, tu t’es investie à fond dans ce cursus de sport-études que tu nous as décrit. Est-ce-que ça ne serait pas un regret de ne pas finir handballeuse professionnelle ?

Oui forcément, ça serait un regret. Surtout qu’intégrer L’Equipe de France m’a mis sur un petit nuage. Je me suis dit que j’allais pouvoir devenir pro. Mais en fait, pas du tout, ce ne sont que des stages. C’est beaucoup plus compliqué que ça. Je suis consciente que l’internat m’a forgée, m’a permis de devenir autonome. Mais même si mes proches me persuadent du contraire, j’ai la sensation d’avoir fait tout ça pour rien. Je me suis privée de beaucoup de choses, les sorties, les soirées. Je me dis que ces sacrifices ne seront pas peut-être pas rentables, au final…

Zoé s’est aussi prêté au jeu de notre interview vidéo :

 

Rémi Surrans

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