Dans un contexte politique mondial incertain, la 8e édition de Série Mania affirme plus que jamais le rôle des séries comme œuvres engagées, capables de refléter les changements de nos sociétés. Circonflex était présent à la conférence de presse.
« Nous vivons dans un climat mondial tendu, comme si la culture ne représentait rien, comme si elle n’était pas la base d’une société éduquée. » En quelques mots, Laurence Herzberg, directrice générale du festival, a donné le tond’une manifestation devenue au cours des années un évènement international.
Les chiffres de la précédente édition parlent d’eux-mêmes : 108 000 spectateurs, 5 000 professionnels, 25 délégations étrangères et un impact économique supérieur à 11 millions d’euros selon la Métropole européenne de Lille. Pour Arnaud Deslandes, maire de Lille, il s’agit d’une « 8e édition grandiose ». Il salue « un festival qui a réussi le pari de l’excellence mais aussi de l’accessibilité et de la popularité », capable de « produire le meilleur lorsqu’on est ensemble ».
Les séries sont là pour nous faire regarder tous ensemble dans le même sens
Mais derrière ces données se dessine un choix plus politique qu’il n’y paraît. Cette année, Série Mania ne se contente pas de présenter la série comme un divertissement. Le festival la revendique comme un lieu de réflexion, voire de résistance.
Partenaire depuis ses débuts, le CNC rappelle que le festival est une « vitrine de la série en France ». Son message est clair : « La série n’est pas un contenu mais une œuvre. » Une précision essentielle à l’heure où les plateformes de streaming tendent à transformer le cinéma en simple produit de consommation.
À Lille, la série est pensée comme un objectif. « Les séries sont là pour nous faire regarder tous ensemble dans le même sens », affirme Laurence Herzberg. Arnaud Deslandes renchérit : « Les séries reflètent notre société. » Dans une période marquée par la fragmentation des opinions et des publics, cette idée de regard partagé prend une dimension particulière.
Que disent nos séries de l’état du monde ?
Mais c’est surtout le ton politique de la sélection du jury qui marque cette édition. « Face au fascisme, les séries rentrent en résistance. Les réalisateurs ont pris en compte le contexte dans lequel nous sommes », affirme Laurence Herzberg. La série d’ouverture, The Testaments, suite de The Handmaid’sTale et présentée en avant-première mondiale, illustre cette idée forte. Elle prolonge l’histoire d’un régime autoritaire privant les femmes de leurs droits, dans un contexte qui fais particulièrement écho avec certains débats aux Etats-Unis et ailleurs. D’autres séries, comme The Best Immigrant(production flamande), abordent les questions migratoires.
Au-delà des thématiques très clairement politiques, la transformation touche aussi les personnages. « Les héros de séries sont des hommes en transformation : soit en crise existentielle, soit en pleine mutation », observe la direction, citant notamment Burden of Justice, Waiting for the Out ou Love is Enough. À l’inverse, « les femmes sont présentes, résilientes et combattantes ». La dimension politique ne passe donc pas seulement par les intrigues : elle se voit aussi dans la réinvention des personnages et dans les tensions autour du genre.
En dépassant le simple cadre d’un événement, Série Mania pose une question centrale : que disent nos séries de l’état du monde ? En 2026, la réponse semble claire. Les séries ne mettent pas seulement en scène leur époque : elles l’interrogent, la questionnent et, parfois, la contestent.
Margot VARIN


