Le marcheur fou

Venu à la marche sur le tard, le pensionnaire du Lille Métropole Athlétisme a un parcours atypique. Vice-champion de France du 5 kilomètres marche en début d’année, étudiant en Master 2 de STAPS, Florian Masse a obtenu récemment la création du statut d’auto-entrepreneur en tant que coach à domicile. Aujourd’hui, il prépare le championnat de France du 20 kilomètres, marche qui aura lieu le 15 novembre prochain.


C’est dans l’un des derniers cafés ouverts de Lille, non loin de la Grand-Place que Florian Masse nous a donné rendez-vous, juste avant le confinement. Sous un ciel bleu radieux, nous nous installons en terrasse. Très vite, la passion le gagne quand il raconte comment il en est arrivé à la marche : « gamin, j’ai fait 12 ans de judo et puis j’en ai eu marre. Je me suis orienté vers l’athlétisme, d’abord sur le 800 et le 1 500 mètres. Une blessure a changé ma vie. J’ai fait de la rééducation pendant de longs mois et j’ai découvert la marche par hasard… ».

 

Yohan Diniz, c’est une machine

Depuis, son truc à lui, ce sont les courtes distances, surtout le 5km. Il est vice-champion de France sur cette distance. Il est toujours euphorique quand il reparle de cette course :« j’ai préparé très sérieusement mon plan d’entrainement. Aller décrocher cette deuxième place a donc été une sacrée récompense. Mais j’en veux toujours plus, j’espère un jour être champion de France ». Il se décrit comme un athlète très technique mais pas assez efficace. La marche nécessite une technique particulière, il doit toujours y avoir un contact au sol. Quand on lui demande si son sport n’est pas trop complexe, il rétorque tout de suite : « non, je ne crois pas, il y a des juges qui sont là pour faire respecter les règles et c’est normal. Tout sport a un règlement, le nôtre est ainsi… ». On sait que la distance reine de cette discipline, c’est le 50 kilomètres, on imagine à quel point ce sport est exigeant physiquement. Comment ne pas citer le recordman du monde, Yohann Diniz, quand on parle de marche ? Florian a des étoiles plein les yeux quand il évoque le marcheur français : « il a bien médiatisé notre sport, c’est une machine. Forcément, c’est inspirant ».

On nous traite de pédales

Ce sport, qu’il chérit tant, a pourtant des zonez d’ombre, qu’il n’hésite pas à reconnaitre. La marche est très peu médiatisée. Seules les compétitions internationales sont retransmises à la télévision. La rémunération est quasi nulle, même à très haut niveau : « je ne gagne rien, je suis obligé de travailler à côté. On pratique ce sport pour le dépassement de soi et la passion, pas pour en vivre». Il critique vivement les agissements de la Fédération française d’athlétisme :« la Fédé aide les sportifs de très haut niveau et laisse de côté tous les autres. Notre sport est de plus en plus invisible. Pour donner un exemple, la marche ne sera pas au rendez-vous des prochains championnats de France d’athlétisme ».


Florian aimerait changer les idées reçues sur son sport : « il y a trop de moqueries autour de la marche. On dit souvent qu’on dandine des fesses, certains nous traitent même de pédales. Pour les femmes, c’est encore pire, elles subissent de plein fouet le sexisme. J’en connais même qui ont dû arrêter et je les comprends ». Il veut combattre ces discriminations et changer les mentalités : « venez tester, ça ne coûte rien, on se marre beaucoup. On est comme les autres… »

J’apprends des anciens

L’étudiant en master 2 de STAPS vient de décrocher son statut d’auto-entrepreneur. Il est coach à domicile. Un véritable accomplissement. Avec un grand sourire, le jeune homme nous confie que son parcours scolaire a été assez laborieux : « j’ai mis du temps à savoir ce que je voulais faire. J’ai loupé mon bac scientifique une première fois. Après ça, je suis parti un an faire des études de kiné, je n’ai pas réussi. Et c’est à ce moment-là que j’ai compris que je voulais devenir coach et préparateur physique ». Aujourd’hui, il aime ce qu’il fait, il veut promouvoir le sport et le bien-être. Il a la tête sur les épaules et ne veut pas brûler les étapes « j’apprends des anciens, je veux d’abord commencer à entrainer des jeunes ».

La discussion se recentre sur lui. Il se définit comme « quelqu’un de très curieux, ouvert d’esprit, énergique et optimiste » puis il ajoute : « j’adore me retrouver avec ma famille et mes amis autour d’un bon jeu de société ». Le Nordiste évoque ses autres passions, la culture japonaise, les mangas. Il aime aussi le montage vidéo, il a d’ailleurs créé une chaîne YouTube. « YouTube ? C’est l’avenir, il faut tenter l’aventure ».
Et la suite ? « J’ai une échéance qui arrive vite. Le 15 novembre, il y a le championnat de France du 20 kilomètres marche. Ce n’est pas une distance que j’affectionne particulièrement mais je sais que je vais tout donner pour obtenir le meilleur résultat possible ». Florien Masse est un jeune homme ambitieux en quête incessante de nouveaux objectifs. Avec une règle de conduite : « entreprendre pour ne pas être spectateur de sa vie ».

Clément Poulet

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