Le Cirque du Bout du Monde : quand le chapiteau devient outil de soin et d’inclusion

Depuis bientôt trente ans, une association implantée rue Courmont, dans le sud de Lille, transforme sans bruits le cirque en levier d’inclusion sociale. À un an de son anniversaire, Le Cirque du Bout du Monde continue de tisser ses filets, entre école, compagnie et engagement de terrain.

Tout commence par une poignée d’étudiants passionnés, repérés par des structures publiques, qui co-construisent un projet associatif autour du cirque adapté. Ce qui devait rester un loisir devient peu à peu un engagement. Trente ans plus tard, la ligne rouge n’a pas bougé. « Nous sommes un cirque contemporain : nous nexploitons ni les animaux, ni les artistes », tient à préciser Chrystelle, coordinatrice de projet sur la métropole européenne de Lille L’association revendique ce positionnement comme une évidence : dans les cirques ambulants traditionnels, les dérives sont connues. Ici, les artistes sont rémunérés avec de vrais salaires d’artistes.Quand à la structure, une association loi 1901, elle n’a pas vocation à faire du bénéfice.

« Un versant commercial assumé »

L’association s’articule autour de trois axes complémentaires. L’école, c’est sa base. « L’axe pédagogique est crucial : les loisirs payants financent nos projets sociaux », explique Chrystelle. Dix animateurs des arts du cirque encadrent des cours hebdomadaires adaptés à tous les âges, des bébés de 20 mois jusqu’aux adultes. Découle naturellement de cette école la compagnie, qui produit spectacles et animations pour des collectivités et propose ses services à des comités d’entreprise. Un versant commercial assumé, au service du reste.

Les événements constituent le troisième pilier et articulent les deux premiers. Parmi eux, les Dimanches en famille : ateliers parents-enfants, goûters et spectacles, ouverts à tous. Pour les familles en difficulté, tout est offert par l’association et ses partenaires publics extérieurs. Ces journées attirent également de nouveaux adhérents à l’école, renforçant ainsi l’autofinancement des projets sociaux.

« L’ouverture vers l’extérieur, c’est un objectif d’inclusion »

Chrystelle est arrivée à l’association en 2018. Sa trajectoire personnelle a façonné son regard : « Jai une fille en situation de handicap, ça ma ouvert les yeux sur les enjeux du cirque adapté. » Pour les enfants et adultes en situation de handicap moteur, le cirque travaille la motricité globale, l’équilibre, le repérage dans l’espace et la confiance en soi. Pour les troubles psychologiques ou comportementaux – hyperactivité, souffrance psychique- c’est l’axe collectif qui prime.

Les interventions hors les murs, compris dans l’activité de l’école, permettent à l’association de se déplacer dans des structures médico-sociales, des EHPAD, des établissements scolaires spécialisés, voire des prisons dans le cadre de projets ponctuels. Chrystelle le précise, « louverture vers lextérieur, cest déjà un objectif dinclusion pour nous. »

Ces projets sont rendus possible, notamment grâce aux subventions de la ville de Lille. Un soutien aujourd’hui fragilisé par les coupes budgétaires du département du Nord. Un phénomène inquiétant mais atténué par le modèle hybride de l’association : l’école et la compagnie se soutiennent mutuellement Un équilibre financier fragile mais toujours debout, et qui permet de continuer à oeuvrer pour l’inclusion par les arts du cirque.

Lise-Marie Bonnet