Au Théâtre du Nord, le directeur, David Bobée, militant culturel engagé, plaide pour une accessibilité des œuvres pour tous et un engagement contre toutes les formes de discrimination. Ce théâtre est réputé pour la mise en place d’une multitude de dispositifs d’aide à ceux qui en ont besoin. Circonflex Mag a rencontré Inès, volontaire pour le service civique dans le pôle développement et coordination de l’accessibilité au Théâtre du Nord.
C : EN QUOI LE THÉÂTRE DU NORD SE DÉMARQUE-T-IL ?
Inès : « C’est un théâtre qui est 100% inclusif. Cela veut dire que sur chacun des spectacles, il y a au moins une des dates qui propose une mise en accessibilité. Tous les spectacles sont accessibles à au moins un des champs du handicap. »
C : EXPLIQUE-NOUS QUELS SONT CES CHAMPS DU HANDICAP ?
Inès : « On divise les champs du handicap en trois. Il y a les personnes malvoyantes et aveugles. Les personnes qui ont des handicaps auditifs. Enfin, celles qui ont des handicaps invisibles,c’est-à-dire intellectuels, psychiques ou cognitifs. »
C : QU’EST-CE QUI EST MIS EN PLACE POUR LES PERSONNES AVEUGLES ET MALVOYANTES ?
Inès : « On a mis en place de l’audiodescription. Les descriptions sont faites en live par des personnes qui ont travaillé en amont sur le spectacle pendant plusieurs semaines. On propose aussi des visites tactiles avant le spectacle : les visiteurs vont pouvoir toucher les décors. Les comédiens vont leur parler de la pièce et de leur rôle pour qu’ils puissent emmagasiner leur voix afin de les assimiler auxpersonnages qui parlent sur scène. »
C : POUR LES PERSONNES SOURDES ET MALENTENDANTES, QUELS SONT LES DISPOSITIFS D’AIDE ?
Inès : « Les personnes qui savent lire sur les lèvres peuvent bénéficier du sur-titrage adapté, qui décrit tout ce qu’on n’entend pas qui ne passe pas par la parole. Pour ceux qui communiquent avec la langue des signes (LSF), on peut doubler les dialogues en live mais il faut que ça s’intègre correctement à l’œuvre. Sinon, on propose des lunettes Panthéa connectées. Ce sont des lunettes qui permettent de diffuser des vidéos de personnes qui parlent en LSF, et que tu gères grâce à un boitier. On peut bien sur les utiliser aussi pour les sur-titrages. Pour les malentendants, on les équipe avec desboucles magnétiques. Ce sont des casques qui vont amplifier le son grâce à un micro placé sur la scène »
C : ET POUR LES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP INVISIBLE ?
Inès : « On a mis en place un dispositif qui s’appelle Relax. En collaboration avec l’association Culture Relax, on assouplit les codes du théâtre pour faciliter la venue de ceux qui ne peuvent pas se plier à ces codes. Pour certaines personnes, il est compliqué d’être dans un silence constant, d’être dans la foule, d’entendre du bruit trop fort ou même de ressentir des émotions fortes. On va donc s’adapter en prévenant les équipes artistiques et les publics. Nous avons également ce qu’on appelle des salles de repli -des safe place- où les personnes peuvent venir s’isoler. On y trouve des canapés avec des plaids, des kits sensoriels pour se détendre grâce au toucher. L’accompagnement y est très individualisé. »
C : MAINTENANT, PARLE NOUS DE TOI…
Inès : « Je m’appelle Inès, j’ai 23 ans. J’ai toujours voulu travailler dans la culture, certainement par reproduction sociale, car mes parents sont artistes. »
C : QUEL EST TON RÔLE AU SEIN DU THÉÂTRE ?
Inès : « Je m’occupe de l’organisation du programme d’inclusion. On a pour mission de conquérir des nouveaux publics. On rencontre beaucoup d’associations, de bénévoles, on participe à des évènements de sensibilisation pour faire de la prospection. Je dirige aussi les visites tactiles et celles des coulisses du théâtre. »
C : COMMENT ES-TU ARRIVÉE À TRAVAILLER DANS CE THÉÂTRE ?
Inès : « La culture, c’est un domaine où il y a très peu de travail. J’ai donc décidé de faire un service civique et j’ai répondu à une annonce sur le site du théâtre du Nord qui proposait un poste d’attachée à l’accessibilité. »
C : POURQUOI LE THÉÂTRE DU NORD EST-IL SI ATTACHÉ À L’INCLUSIVITÉ ET À L’ACCESSIBILITÉ ?
Inès : « le directeur, David Bobée est personnellement très engagédans cette direction. Avec un objectif : créer une société plus juste pour toutes et tous. Le théâtre du Nord fait ce qu’on appelle de la démocratisation culturelle. C’est une question d’équité culturelle : tout le monde doit avoir les mêmes droits . »
Sarah Watel


