A l’heure d’un bouleversement géopolitique mondial, Roland Lescure, ministre de l’économie s’est arrêté, le temps d’un Face aux lecteurs, à la rédaction de la Voix du Nord. C’était le 10 février. Nous y étions.
Le locataire de Bercy entre en scène simplement. “ La démocratie c’est compliqué mais ça vaut le coup. ”
Oscar, étudiant l’interroge en premier. Comment l’Etat peut redresser les finances publiques sans en faire payer le prix aux jeunes? “ C’est une question fondamentale, répond le ministre. Il faut qu’on arrive à investir dans la jeunesse ». Des promesses éloignées de la réalité quand on constate que le chômage des jeunes à augmenté de 4.5 points au 4 ème semestre de l’année dernière.
A cela, le ministre réplique que la France vieillit, avec plus de retraités et de besoins de santé, et que ce sont en effet les jeunes qui se retrouvent à porter une partie croissante de la facture. Pour entamer un changement, on a le sentiment qu’il faudra patienter jusqu’à l’échéance présidentielle. Roland Lescure évoque la nécessité de repenser un modèle complet -comment garantir la pérennité de notre modèle social ? Comment le financer ?- et donc d’attendre “l’occasion” que représente 2027.
Il ajoute : “Notre modèle social est aujourd’hui déséquilibré mais quand on en débat à l’Assemblée, tout le monde le trouve génial et personne ne veut le bouger »
“La souveraineté c’est l’indépendance et la puissance. Si on ouvre, on se fait manger littéralement; si on ferme, on perd en compétitivité”
David, restaurateur sur la côte d’Opale prend la suite. Ce patron d’un petit restaurant qui propose à la carte du fait- maison s’agace de devoir travailler 60 heures pour ne même pas réussir à se payer à la fin du mois. ‘Comment faire ? Comment diminuer les charges patronales ? », lance-t-il. Face à lui, le ministre avoue. “C’est vrai qu’on est trop long, trop contraignant. L’objectif du “moins de loi; plus de contrôle” n’a pas été atteint. Là encore, il semble que ce soit un défi pour 2027.
Sur le volet européen, Roland Lescure est clair : “ La souveraineté, c’est l’indépendance et la puissance. Si on ouvre la porte, on se fait manger littéralement. Si on la ferme, on perd en compétitivité.” L’Europe est la première puissance de marché au monde, avec 450 millions de consommateurs, mais elle se comporte trop souvent comme une “puissance qui s’ignore”. S’il faut logiquement protéger les secteurs où l’on se démarque, il faut aussi “savoir dire qu’il y a des endroits où l’on a perdu” estime le ministre. Pourtant la perte est considérable : “ la guerre est aux portes de l’Europe. Depuis 80 ans, on est plutôt protégé par les Etats-Unis, mais je ne suis pas sûr que ça va durer “. Pour assurer leurs places, l’Europe et la France continuent de se réarmer au gré de sommes considérables.
Le ministre finit par évoquer le besoin, la nécessité de faire appel à des gens qui “viennent du monde réel” pour recentrer le débat sur les réalités quotidiennes. « Il ne faut pas laisser des politiques de carrière saisir seuls les enjeux de notre société ». S’il n’est pourtant pas candidat, le ministre esquisse les contours d’un projet concret : le réveil du modèle sur lequel “on pédale depuis 25 ans”.
En sortant de cet entretien, on se dirait presque qu’il y a tout à refaire !
Jeanne Ayrault


