À Lille, la course au beffroi s’intensifie à dix jours du 1er tour

À dix jours du premier tour des élections municipales, l’équipe de Circonflex Mag a assisté au débat organisé par France 3 Hauts de France. Il rassemblait les 6 principaux candidats à la mairie de Lille. Après plusieurs décennies de gestion socialiste, certains d’entre eux espèrent rebattre les cartes.

« Ah oui… j’avais vraiment cette coupe-là ? » Sur l’écran du plateau, les photos d’enfance des candidats apparaissent. C’était un choix de la production : commencer le débat par une séquence pour détendre l’atmosphère. Il y a des sourires,quelques plaisanteries fusent entre adversaires politiques. L’ambiance est légère. Un moment rare dans une campagne municipale tendue. Mais très vite, les journalistes reprennent la main. Les rires disparaissent. Le débat peut commencer.

« La sécurité est la première des libertés »

Dans les locaux de France 3 Hauts-de-France, six candidats participent à l’un des derniers débats avant le premier tour des élections municipales. Il y a là Matthieu Valet (RN), LahouriaAddouche ( LFI), Stéphane Baly (EELV), Violette Spillebout(Renaissance), Arnaud Deslandes (PS) et Louis Delemer(LR). Devant un public d’une vingtaine de personnes, les journalistes ouvrent rapidement les échanges sur les principaux thèmes de la campagne.

La sécurité arrive en premier. Faut-il armer les policiers municipaux ? Matthieu Valet, ancien policier, défend une position ferme : « La sécurité est la première des libertés. Nos policiers municipaux doivent être armés pour protéger les Lillois. » À gauche, la réponse est immédiate. LahouariaAddouche, tête de liste de La France insoumise, s’y oppose : « La solution n’est pas de militariser la police municipale, mais de renforcer la présence humaine et la prévention. » Sur ce sujet sensible, les échanges deviennent plus vifs. Les candidats se coupent parfois la parole et les journalistes doivent intervenir pour redistribuer le temps de parole.

« Transformer les bureaux vides en logements »

Le débat se déplace ensuite vers la transformation du centre-ville. Faut-il poursuivre la piétonnisation après celle de la Grand’Place ? Pour Stéphane Baly, conseiller municipal délégué au climat, la réponse est claire : « Moins de voitures, c’est plus de qualité de vie pour les habitants et pour les commerces. » À droite, on critique cette politique, estimant qu’elle complique l’accès au centre-ville pour les commerçants et les automobilistes.

Autre sujet central : le logement social. Lille compte un peu moins de 30 000 logements sociaux. Faut-il en construire davantage ? La plupart des candidats y sont favorables. Une seule s’y oppose : la députée du Nord Violette Spillebout. Elle défend une autre approche : « Il faut d’abord transformer les bureaux vides en logements avant de continuer à construire. » Le ton monte à plusieurs reprises sur le plateau. Interruptions, répliques rapides, regards agacés : les lignes de fracture politiques apparaissent clairement.

« Vous prenez le risque de diviser la droit »

Les journalistes projettent ensuite les résultats d’un sondage Ifop-Fiducial réalisé entre le 24 février et le 2 mars auprès de 706 électeurs lillois. Le socialiste Arnaud Deslandes arrive en tête avec 28 %, devant l’écologiste Stéphane Baly (20 %). Derrière suivent Lahouaria Addouche (16 %), Violette Spillebout (15 %), Matthieu Valet (9 %) et Louis Delemer (7 %). La question des alliances s’invite alors dans la discussion. Que se passera-t-il au second tour ? Les réponses restent prudentes. « On verra après le premier tour », répond un candidat. « Les électeurs décideront », ajoute un autre. La séquence devient plus directe lorsque Violette Spilleboutinterpelle Louis Delemer : « Si vous maintenez votre candidature, vous prenez le risque de diviser la droite. »

Avant la pause, chaque candidat dispose de trente secondes pour résumer son programme face caméra. Une scène fait sourire dans le public : Stéphane Baly s’arrête brusquement, persuadé que le chronomètre est terminé. Il lui restait pourtant encore une quinzaine de secondes.

Dernière ligne droite

Après l’entracte, la parole est donnée au public. Plusieurs habitants interrogent les candidats sur des sujets concrets : équipements sportifs, handicap, mixité sociale ou encore remise en eau du Peuple Belge. Puis une femme se lève dans la salle. Elle n’avait pas été sélectionné au préalable mais le journaliste lui laisse la parole.  Elle raconte une agression dont elle a été victime et interroge les candidats sur l’efficacité et l’emplacement des caméras de surveillance. Le ton devient immédiatement plus grave. Les réponses se succèdent, chacun promettant davantage de sécurité ou de moyens. 

Clap de fin. Sur le plateau, les visages sont plus fermés qu’au début de l’émission. À dix jours du scrutin, chacun sait que la bataille pour le beffroi ne se jouera peut-être pas seulement dans les urnes du premier tour. Comme l’a montré l’attaque frontale de Violette Spillebout demandant au candidat Louis Delemer de se retirer, les tensions autour des alliances se font déjà sentir. Avec plusieurs candidats susceptibles de réunir plus de 10 % des voix, et donc d’accéder au second tour, la course à la mairie de Lille pourrait bien se décider dans les négociations et les coalitions de l’entre-deux-tours. Une dernière ligne droite où chaque prise de position compte.

Thorin Noé