Dans la peau de Geoffrey Cazanave : immersion au cœur d’un samedi sous tension avec l’OMR

Suivre Geoffrey Cazanave, capitaine de l’OMR -l’Olympique Marcquois Rugby-, c’est entrer dans une autre dimension du rugby. Celle où les journées commencent très tôt le matin, où les responsabilités dépassent le terrain, et où chaque détail compte. Jusqu’à ce message de Geoffrey Cazanave, reçu à 16h27 : « Tu peux descendre dans le tunnel de l’entrée des joueurson attaque la préparation du match »

Dans les entrailles du stade, tout s’accélère. Les regards se ferment, les corps s’activent. À 16h30, le décrassage commence. Un mot trompeur pour une réalité bien plus intense. Ici, on ne s’échauffe pas. On se prépare à un combat.

Geoffrey Cazanave est déjà dedans. Concentré. Habité. Il lâche : « on va les crever ». Le ton est posé.

À 16h45, straps, massages, derniers réglages. Les gestes sont précis, répétés. 

Dans les tribunes, l’ambiance monte d’un cran. Nasséra, responsable administrative et financière du club, annonce entre 7 000 et 8 000 spectateurs. Le record d’affluence de 9200 personnes ne sera sans doute pas battu, mais peu importe. Le stade vit déjà. Drapeaux, tambours, bières à foison, ballons… et une animation de l’armée de terre. Avant même l’échauffement, les supporters donnent de la voix.

Le toss – le choix du camp ou le choix du coup d’envoi- vient structurer tout ça : « on reçoit lengagement et on est à gauche », nous glisseGeoffrey d’une phrase lapidaire.

« Discipline et plaisir »

17h15. Retour aux vestiaires après l’échauffement collectif.

Les mots claquent. « Discipline et plaisir ». Puis une autre consigne : « donnez plus d’énergie queux ». Geoffrey, le capitaine est au centre de tout. Il incarne ce qu’il demande.

Quelques minutes plus tard, La Marseillaise retentit. Tout le stade la reprend. Un moment suspendu. Geoffrey se concentre une dernière fois.

17h30. Coup d’envoi.

Face à eux, le Stade Niçois, deuxième du classement, ancienne équipe de Geoffrey. Un test, un vrai. Le capitaine de l’OMR est immédiatement dans le ton. Présent dans les duels, propre, discipliné. Ce qu’il exige, il le montre. Mais à la 34e minute, Nice revient à 13-12. Sur le bord du terrain, les consignes fusent : « Il faut les faire retourner chez eux ! »« têtes hautes ! ».Le match bascule dans une tension permanente.

« Il faut redoubler dintensité »

18h15. Mi-temps.

Au bord du terrain, Geoffrey s’arrête quelques secondes. On l’intercepte. Il respire fort, mais son analyse est claire : « il faut redoubler dintensité, être plus pragmatique, et surtout plus discipliné sur le plaqueur-plaqué ».

Puis direction les vestiaires. On l’accompagne. Là, l’odeur s’impose. L’herbe, la sueur, l’effort. Une ambiance lourde, dense. Les corps récupèrent, les esprits restent en alerte. 

Un dernier cri de guerre résonne. Une tape dans le dos. Et tout le monde repart au combat.

Deux minutes après la reprise, l’OMR marque. Comme une réponse immédiate. Comme si les mots avaient trouvé leur chemin. Geoffrey harangue, rassemble, élève la voix. Après une faute adverse, il motive. Dans chaque arrêt de jeu, il parle. Le capitaine c’est lui.Même dans la tension. Lors d’un léger accrochage, il s’interpose. Sépare. Apaise.

À l’heure de jeu -60ème minute-, il sort. Le regard trahit la frustration. L’équipe est menée. Mais Geoffrey ne s’efface pas. Il reste debout. Continue de crier. « Allez !! ». Les yeux rivés sur le terrain.

Jusqu’au bout.

« Garder la tête haute »

19h10. Fin du match.

Défaite. 23-29.

Les joueurs se rassemblent sur la pelouse. Un cercle. Quelques mots. Geoffrey prend la parole après le coach : « il faut garder la tête haute ».

Puis ils vont remercier les spectateurs, venus en nombre. Avant de retrouver sa fille, dans ses bras, laissée plus tôt dans la journée, à la maison.

Juste avant de rentrer au vestiaire, avant la douche, Geoffrey revient sur son match. Lucide. « Jai fait mon boulot, mais je nai pas pesé ». Il repense à cette première action, ce ballon mal négocié : « ça aurait pu coûter cher, heureusement que les gars ont rattrapé ».

Puis le constat plus large. Celui qui revient chaque week-end. L’OMR met à mal ses adversaires, mais un détail fait basculer la balance du mauvais côté. « On vit le me scénario toutes les semaines, on a l’impression d’être l’équipe de France en 2018 ». Il le sait : l’OMR est la petite équipe de la poule du championnat de Nationale (3ème division). Mais il refuse les excuses. La clé reste la discipline.

Même frustration chez les espoirs qu’il entraîne depuis cette année. Eux aussi passent près de la victoire, etconnaissent une défaite frustrante face au RC Vannes.

« Une journée chargée comme on les aime »

Et puis il y a le reste.

Cette journée commencée le matin. Sa fille à gérer. Sa femme au travail. Une autre vie, en parallèle. Mais aussi la préparation du match des espoirs du club. Et apres les matchs, la 3ème mi-temps, les rencontresavec les sponsors, les partenaires les supporters. « Une journée chargée comme on les aime », dit-il. Une phrase simple. Mais qui résume tout.

Car suivre Geoffrey Cazanave, c’est comprendre que le rugby, ici, ne commence et ne s’arrête jamais vraiment. Ni au coup d’envoi. Ni au coup de sifflet final.

Et malgré la fatigue, malgré la frustration, il reste une chose : L’envie. Toujours.

Paul Blancon et Mila Demont