Charlotte Dulong, cabinet de Sainghin-en-Mélantois, février 2025 (@LucieRousseau)
. À 26 ans, Charlotte est neuropsychologue. Après sept années d’études, elle exerce aujourd’hui à la fois en libéral et à l’hôpital GHLH de Loos-Haubourdin.
Il est 9 heures lorsque Charlotte m’accueille dans son cabinet de Sainghin-en-Mélantois. La pièce est calme, épurée, pensée pour rassurer. Quelques jeux, des feuilles, des crayons, du matériel standardisé de tests neuropsychologiques.
Je suis venue assister à l’un de ses rendez-vous pédiatriques. L’objectif : comprendre, concrètement ce que recouvre ce métier. Face à elle, une enfant d’une dizaine d’années, accompagné de sa mère. Et un motif de consultation fréquent : des difficultés scolaires persistantes, des problèmes de concentration, une suspicion de trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité.
Une batterie de tests pour mettre des mots sur les difficultés

Charlotte commence par expliquer le déroulé de la séance, avec un vocabulaire simple et rassurant. Puis elle entame une batterie de tests cognitifs standardisés. Pendant plus d’une heure, elle observe, note, chronomètre, ajuste. Tests d’attention soutenue, de mémoire de travail, de raisonnement logique : chaque exercice est pensé pour explorer une fonction cognitive précise.
Rien n’est laissé au hasard. Les hésitations, la fatigue, les stratégies mises en place par l’enfant sont autant d’indices cliniques. « Le but n’est pas de poser un diagnostic à la va-vite, mais de comprendre le fonctionnement cognitif global », m’explique-t-elle entre deux exercices. Ici, pas de jugement, mais une analyse fine pour déterminer s’il s’agit d’un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), d’un trouble des fonctions exécutives ou d’une autre pathologie neurodéveloppementale.
De l’observation clinique à l’hypothèse diagnostique
Tout au long du rendez-vous Charlotte prend le temps de synthétiser ses premières impressions. Les résultats seront ensuite croisés avec l’anamnèse, le parcours scolaire, parfois des bilans orthophoniques ou psychomoteurs. « On travaille rarement seuls. Le neuropsychologue est un maillon dans une prise en charge globale », précise-t-elle.
Cette rigueur clinique, Charlotte l’applique aussi à l’hôpital, où elle intervient dans plusieurs services : gériatrie, unité cognitivo-comportementale spécialisée dans les démences, et consultations mémoire. Là encore, il s’agit d’analyser des symptômes, interpréter des données cliniques, étudier des imageries médicales et formuler des hypothèses diagnostiques, notamment pour des pathologies neurodégénératives.
Un parcours exigeant, construit sur le terrain
Si Charlotte exerce aujourd’hui avec assurance, son parcours n’a rien d’évident. Après le baccalauréat, elle entame deux années de classe préparatoire paramédicale, avant de poursuivre une licence de psychologie à l’Université Catholique de Lille. Elle se spécialise en neuropsychologie dès la troisième année, puis obtient un master avec une double spécialisation en neurosciences cognitives et neuropsychologie.
Sa vocation ne s’est pourtant pas imposée immédiatement. « Au départ, j’étais plutôt écœurée par la pédiatrie », confie-t-elle. C’est un stage dans le cabinet de sa professeure de psychologie de l’enfant qui change tout. L’expérience est décisive : elle y travaille encore aujourd’hui deux jours par semaine.
Entrer dans la profession, malgré la pression
Diplômée en 2025, Charlotte redoutait l’entrée dans la vie professionnelle. « Il y avait une vraie pression entre étudiants », raconte-t-elle. Pourtant, en un mois, elle décroche deux postes. Selon elle, ses bons résultats universitaires ont compté, mais ce sont surtout ses stages, notamment en neurochirurgie à Sainte-Anne et à la Salpêtrière qui ont fait la différence. Elle reconnaît cependant que certains secteurs, comme la neurochirurgie, sont « très bouchés » en sortie d’études, poussant de nombreux jeunes diplômés à s’orienter vers d’autres spécialités.
Jeune, libérale mais légitime
À 26 ans, Charlotte doit aussi composer avec son jeune âge. En cabinet libéral, où elle exerce en tant que micro-entrepreneure, elle a dû apprendre sur le tas. « On n’est pas formés à la gestion ou au libéral pendant les études », explique-t-elle. À l’hôpital, certains collègues se sont montrés méfiants au départ. Mais son sérieux et ses compétences ont rapidement dissipé les doutes. Aujourd’hui, elle travaille six jours sur sept : quatre à l’hôpital, deux en cabinet. Un rythme soutenu, mais assumé.
Donner du sens aux chiffres et aux tests

En quittant le cabinet, une chose frappe : derrière les tests, les scores et les protocoles, le cœur du métier reste profondément humain. « Mettre des mots sur des difficultés, aider des familles à comprendre, orienter vers des solutions », résume Charlotte. À travers cette séance, le métier de neuropsychologue apparaît dans toute sa complexité : scientifique, clinique, exigeant, mais aussi porteur de sens. Pour Charlotte, aucun doute : malgré la charge de travail et les responsabilités, elle a trouvé sa place.
Lucie Rousseau


