Il s’appelle Zafar

Les médias l’appellent « migrant », « migrant de Calais » ou « migrant pakistanais ». Pour l’administration française, il est « demandeur d’asile ». Lille 1 préfère l’appeler « résident provisoire ». Avec 80 autres réfugiés, il vit depuis octobre 2016 dans une résidence de l’Université. Il la quittera en juin pour démarrer sa nouvelle vie en France. Il s’appelle Zafar, il a 21 ans. Rencontre avec un homme courageux, sympathique et spontané.

Zafar se tient à côté de celui qu’il appelle son cousin. Ils n’ont aucun lien familial mais il vient du Pakistan, comme lui. La même origine mais pas la même résistance à la fraîcheur du Nord : Zafar porte un anorak alors que le « cousin » est en tongs et en tee-shirt en ce jour frais et pluvieux. La discussion, rythmée par les allées et venues des autres résidents, se fait spontanément. La barrière de la langue est très vite oubliée : tous les jours, les migrants de la résidence suivent des cours de français à l’université. En 3 mois, Zafar maitrise la langue de Molière avec une facilité déconcertante ! Mais ne le lui dites pas, il entend encore beaucoup progresser : « Non non non ! Je ne parle pas bien le français ! Je discute avec vous mais je ne vais pas expliquer les choses exactement comme vous » dit-il en riant. Curieux, il n’est pas avare de questions. Il a lui-même une connaissance culturelle conséquente. Mais le plus impressionnant chez lui est sans doute son bagage linguistique. « Ma langue maternelle, c’est le pachto, c’est celle que l’on parle en Afghanistan. C’est très difficile, comme le français. Mais je parle aussi l’ourdou, la langue nationale du Pakistan ; l’hindi, la langue de l’Inde et l’anglais. Mais l’anglais, on l’apprend à l’école quand on est petit. Ce n’est vraiment pas un problème pour nous ».

J’ai mis 7 mois et demi à venir !

En juin, il quittera la résidence, comme tous ses colocataires. Il deviendra un étudiant comme un autre. Trouver un petit boulot, un endroit où loger et affronter l’administration française seront ses nouveaux défis. C’est une nouvelle vie qu’il va démarrer, avec de nouveaux projets. « Je vais continuer les études et après, j’irai voir d’autres régions françaises, par exemple le sud. Mais il y a des villes où il fait chaud, trop chaud ». A l’inévitable question sur le climat lillois, il répond qu’il n’est pas dépaysé. « Dans mon village au Pakistan, à la frontière de l’Iran, il fait froid. Il y a même de la neige en ce moment ! ».

Avant de connaitre la jungle de Calais puis d’être accueilli à Lille 1, Zafar a traversé de nombreuses frontières. A la mention de ce souvenir, il lance un « Oh là là ! » très spontané. Il n’est pas le seul à réagir : un petit groupe s’est formé pour participer à la discussion dans le hall de la résidence et tous confirment la difficulté d’un tel parcours. Chacun semble repenser à son propre voyage. Zafar continue : « J’ai traversé de nombreux pays ! L’Iran, la Turquie, la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, l’Autriche, l’Allemagne puis la France. J’ai mis 7 mois et demi pour venir jusqu’ici ! ». Il a choisi de quitter son pays pour survivre : « Dans ma ville, il y a toujours la guerre parce que c’est près de l’Afghanistan. Les talibans traversent la frontière… » explique-t-il. Ses paroles trouvent un écho auprès de la petite dizaine de résidents qui l’entoure, curieuse de la conversation. Une petite dizaine de résidents qui, comme Zafar, sont au préambule d’une nouvelle vie. Tous voyageurs malgré eux, et dont chaque histoire est différente.

Ils s’appellent aussi Abdum et Abdul…

Abdum, 22 ans, originaire du Soudan
Abdum
« Je viens du Soudan. Je suis parti de mon pays il y a 1 an et j’ai mis 6 mois pour arriver en France, à Calais. Cela fait 4 mois que je suis ici, à Villeneuve d’Ascq. Ce n’est pas évident tous les jours. Le français, c’est une langue beaucoup plus difficile que l’anglais. Mais on a des cours par niveau, 4 heures par jour, trois jours par semaine, ce qui m’aide énormément. J’ai envie de rester ici, dans ce pays, de travailler et d’avoir des amis !»
Abdul, 30 ans, originaire du Soudan
Abdul
« Vous n’allez peut être pas me croire mais j’ai mis huit ans pour arriver en France. Mon trajet est une très longue aventure. Je suis parti du Soudan, et rien que ce départ a été compliqué, ralenti par les différents affrontements entre villages voisins. Finalement, au bout de quelques mois, je suis arrivé en Irak. Ce ne devait être qu’un pays de transit, mais j’ai finalement décidé de me poser un certain temps. Jusqu’à ce que les bombardements reprennent et que je sois obligé de fuir à nouveau. Je suis ensuite arrivé en Suisse, puis en Allemagne avant d’enfin me retrouver en France. J’ai atterri à Calais avec tous les autres et maintenant, je suis là. J’ai un bac +3 en gestion et j’aimerais pouvoir continuer à améliorer mon français. Et puis pourquoi pas, reprendre mes études ici, en France, et avoir une vie comme la votre. »
Juliette Ovigneur et Youssrah Sanae-Mahadali

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