Mercredi dernier, la rédaction de Circonflex Mag a rencontré Capucine Lange, directrice de la compagnie Théâtre du Prisme, venue présenter la pièce The Trials, jouée le 7 mars 2026 au Grand Bleu. Fondée il y a 28 ans avec Arnaud Anckaert, la compagnie est à l’origine de ce spectacle.
CIRCONFLEX : C’est quoi, une compagnie de théâtre ?
CAPUCINE LANGE :
Une compagnie de théâtre ça sert à fabriquer des spectacles. Nous sommes cinq permanents à travailler dans le bureau. Nous utilisons soit des textes déjà écrits, soit des textes que nous créons directement au plateau. Et, le théâtre du Grand Bleu intervient comme partenaire dès la phase de création. En effet, notre compagnie a besoin de financements, conformément au fonctionnement du système français. Une fois les spectacles créés, ils sont retravaillés, discutés, puis proposés en tournée. Actuellement, six de nos spectacles tournent en même temps.
Qu’est-ce qu’une compagnie conventionnée par l’État ?
Notre compagnie est conventionnée, ce qui signifie que nous avons des missions importantes fixées par l’État sur une période de trois ans. En général, nous créons une à deux pièces par an, ou parfois une tous les deux ans, selon les projets.
Est-ce que vous avez une sorte de ligne éditoriale ?
On en a une, elle est affirmée : celle de défricher des textes contemporains, surtout dans le domaine anglo-saxon. On découvre de nouveaux artistes, avec des sujets qui nous concernent et des dramaturgies originales. Ce qu’on aime dans ces textes, c’est qu’il y a toujours de l’humour ! Mais cela ne nous empêche pas de revenir à Shakespeare. C’est le cas notamment avec notre nouvelle pièce, Le Songe d’une nuit d’été. On trouvait qu’il y avait pas mal d’endroits qui dataient. Alors nous avons réécrit et traduit la pièce pour la rendre plus contemporaine.
Pourquoi cette appétence pour la théâtre anglo-saxon ?
Parce qu’on le trouve créatif et dynamique. Et surtout, il y a l’humour : les Anglo-Saxons arrivent à parler de sujets durs avec de la légèreté. Leurs tragédies sont très originales. Plus on en découvre, plus on aime ! Mais on ne se ferme pas de portes…
Quel est le coût économique d’une pièce comme « The Trials » ?
Il faut d’abord convaincre les ayants droit. Ensuite, acheter l’exclusivité et payer aussi les traductions. Cela représente un vrai budget qu’il faut débloquer. Et les droits d’auteurs c’est ça qui fait vivre les auteurs. En France, c’est compliqué avec la baisse des budgets, surtout dans le monde culturel. Mais en Angleterre, c’est pire. On rencontre souvent des auteurs anglais à Londres, c’est très compliqué pour eux.
Quelle est la place de l’intelligence artificielle dans votre quotidien ? Est-ce que vous pourriez envisager de remplacer les traducteurs par l’IA ?
Au départ, nous étions réticents. Puis nous avons suivi une formation en équipe, et certains ont franchi le pas : aujourd’hui, une partie de l’équipe a pris un abonnement à Chat GPT. Ça peut nous aider. Mais pas pour les traductions. L’IA ne pourra jamais, j’espère, faire ce que nous faisons autour de la table : des rencontres de travail avec des traducteurs, des interprètes. La traduction représente un énorme travail.
Qu’est-ce qui rend la traduction de l’anglais au français difficile ?
Le plus difficile, ce sont les jeux de mots et les expressions. Les Anglais utilisent le « fuck » à toutes les sauces, tout le temps. On essaye alors d’en retirer environ 30 %, et le public nous dit parfois que c’est encore trop ! Alors on adapte le texte encore et encore.
Vous faites au total combien de représentations par an ?
Cette année, on en fera 110 je pense. L’année dernière, c’était 140. On compte par saison, d’octobre à juin.
Quel est votre ressenti par rapport à la relation des jeunes envers le théâtre ?
Le public est très vieillissant. On appelle ça « les têtes blanches ». Les jeunes, quand ils voient un navet au théâtre, ils n’y retournent pas.
Matthieu Le Norcy


