Au festival Series Mania à Lille, TF1 a levé le voile sur l’une de ses prochaines créations.
Grandiose, signée Fanny Riedberger, s’attaque aux troubles du comportement alimentaire avec une ambition rare. L’équipe de Circonflex Mag s’est rendue à la conférence de presse donnée le lundi 23 mars.
Dans la salle de cinéma, les lumières se rallument lentement. Quelques secondes de silence flottent, comme suspendues. Puis les premiers regards s’échangent. Grandiose ne laisse pas indemne.En conférence de presse, la créatrice Fanny Riedberger ne détourne pas le regard. « Se limiter, c’est ne pas traiter le sujet », lance-t-elle d’emblée. Derrière Grandiose, un long travail de documentation, mené aux côtés de professionnels de santé, pour éviter l’écueil du cliché. Son ambition est claire : montrer sans adoucir. Pas de regard apitoyé, pas de discours moralisateur. Ici, les personnages ne sont jamais réduits à leur maladie. La créatrice revendique une « dramédie », un équilibre fragile entre douleur et moments de vie. Ce qui frappe dans son approche, c’est le refus de hiérarchiser les troubles : « On ne voulait pas dresser un catalogue des maladies, ni faire du poids le seul marqueur de la souffrance ». Grandiose met le doigt là où ça fait vraiment mal : la relation intime à la nourriture.
Pieds nus jusqu’au sang
À l’écran, cette approche prend corps avec une intensité presque dérangeante. Dans la salle, certaines images restent accrochées aux esprits. Celle de Lola, incarnée par Suzanne Ballier, en fait partie. La nuit. Une cour d’école vide. Elle marche, encore et encore, pieds nus, jusqu’au sang. Le geste est mécanique, et pourtant d’une violence saisissante. Aucun effet de mise en scène pour adoucir : juste la brutalité du trouble. Face à elle, Elisa Noyet incarne Honorine, une présence plus rugueuse, presque abrasive. Derrière la carapace, une fragilité prête à fissurer. Deux trajectoires, deux manières de lutter, de tenir debout malgré tout.
L’obsession du corp idéal
Dans la salle de conférence, les échanges glissent naturellement vers un autre terrain : celui des réseaux sociaux. Sans être au cœur du récit, leur influence plane en toile de fond. Comparaison permanente, obsession du « corps idéal », injonctions à manger « sain » : autant de pressions invisibles mais omniprésentes. Pour les intervenants, elles participent à banaliser, voire à encourager certains comportements à risque.
C’est là que Grandiose dépasse le simple récit individuel. En racontant des parcours singuliers, la série met en lumière un malaise plus large, presque générationnel. Un mal discret, souvent tu – mais largement partagé. En France, environ un million de personnes seraient atteintes de TCA -troubles de conduite alimentaire-, un sujet longtemps resté dans l’ombre.
Attendue sur TF1 cette année, Grandiose ne cherche pas à rassurer. Elle expose, elle questionne, elle bouscule. Dans le silence qui suit certaines scènes, dans ces regards qui se croisent à la sortie de la projection, une évidence s’impose : il était temps.
Mathilde Backès


