Chaque année au mois de mars, les cinémas français baissent leurs tarifs pendant trois jours. Une parenthèse qui ressemble de plus en plus à une bouée de sauvetage pour le cinéma français et ses entrées en chute libre.
Du 22 au 24 mars 2026, toutes les salles de cinéma en France proposent l’ensemble de leurs séances à 5 euros, quel que soit le film, soit presque moitié prix par rapport au tarif habituel -une place coûte en moyenne entre 10 et 12 euros selon les salles. Le contexte rend l’événement d’autant plus stratégique. En 2025, la fréquentation des salles françaises a chuté de 13,6 %, avec seulement 156,8 millions d’entrées enregistrées sur l’année. Une baisse importante, même si la France reste le premier marché du cinéma en Europe.
Clara, qui travaille dans un cinéma depuis un peu plus d’un an en parallèle de ses études de psychologie, observe ce mouvement de l’intérieur. « En semaine, j’ai eu des périodes où les salles étaient vraiment vides. Je pense que le Covid a cassé des habitudes, et les plateformes de streaming ont pris le relais dans la tête des gens. » Tristan, étudiant, croisé a la sortie du film Il Maestro, incarne parfaitement cette réalité. Il va au cinéma une fois toutes les six semaines, à peu près.
« A 5 euros, tu tentes »
La question du prix revient dans tous les discours. Pour Tristan, c’est limpide : « À 13 euros, tu te dis « et si c’était décevant ? ». À 5 euros tu tentes. » Il n’est pas le seul à raisonner ainsi. L’an dernier, le Printemps du cinéma a généré à lui seul 2,2 millions d’entrées sur trois jours.
Clara confirme ce que les chiffres racontent. Pendant l’événement, même le lundi soir, créneau habituellement calme, les salles se remplissent. « On voit des gens qu’on ne voit pas le reste de l’année, qui viennent un peu par curiosité, attirés par le tarif, et qui ressortent avec l’envie de revenir. » Le public est aussi plus diversifié qu’à l’ordinaire : des familles, des retraités en début d’après-midi, des étudiants le soir, des couples, des gens seuls. « Le prix bas lève une barrière, et du coup, il y a une diversité de public qu’on n’a pas forcément le reste du temps. »
Pour le personnel, ces trois jours se traduisent par un rythme intense : les salles s’enchaînent, les files d’attente aux caisses s’allongent, le snack doit être bien approvisionné. « On court vraiment », nous ditClara.
« Dommage qu’on ne vienne pas plus souvent »
Au programme de cette édition, les sorties ne manquent pas : Banlieusards 3, Le Crime du 3e étage, Planètes, La Maison des femmes, ou encore Scarlet et l’éternité. De quoi satisfaire des goûts variés, entre comédies françaises, films d’auteur internationaux et grosses productions.
Reste la grande question : est-ce que trois jours à 5 euros suffisent à changer des habitudes durablement ? Clara veut y croire. « Ce qui est intéressant, c’est que parmi les gens qui viennent pendant le Printemps du cinéma, beaucoup repartent en disant « c’est dommage qu’on ne vienne pas plus souvent ». Il y a un effet de redécouverte.»
Clélia Saccomanno


