Le mois sans tabac, quel impact ?

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La 10ème édition du Mois sans tabac touche à sa fin. Circonflex estallé faire un tour du côté des bureaux de tabac pour se renseigner sur son impact réel. 


Au Bar Tabac Omega, à quelques jours de la fin du mois de novembre, le gérant Youssef constate une baisse des ventes de tabac… mais pas vraiment liée à l’opération. A son avis, la cause est à chercher ailleurs que dans la campagne de sensibilisation :« Il y a une légère, très légère baisse des ventes, mais ce n’est pas dû à l’injonction du mois sans tabac. Je pense que c’est la conséquence de l’augmentation du coût de la vie et du prix des cigarettes. » Le commerçant explique que les hausses successives du prix du paquet obligent ses clients à diminuer leur consommation. Une obligation financière, donc, plutôt que des questionnements concernant leur santé. : « La preuve : comme les cigarettes sont moins chères à l’étranger, ils vont de l’autre côté de la frontière. Il y a une augmentation du trafic du tabac entre la France et la Belgique. »

Plus de clients qui veulent arrêter… mais des limites

Même si le Mois sans tabac ne se traduit pas directement par une chute des ventes, le gérant remarque tout de même un changement dans les attentes de certains clients : « De plus en plus souvent, et pas seulement en novembre, les clients n’hésitent à me parler de leur envie de stopper la cigarette » Selon son expérience, les produits dits de substitution restent des solutions temporaires :« Les produits de substitution, ça reste quand même des produits qui s’inscrivent dans la sphère du tabac. Du coup, ça ne marche pasvraiment. Beaucoup passent à la cigarette électronique… et comme c’est toujours un produit avec de la nicotine, ils reviennent très vite chez moi pour acheter de nouveau des cigarettes. »

La cigarette électronique séduit… en plus du tabac

Bien sûr, les cigarettes électroniques et leurs recharges connaissent un succès croissant. Mais pour Youssef, qui connait bien sa clientèle, il ne s’agit pas forcément de remplacer totalement la consommation traditionnelle de tabac : « La cigarette électronique, c’est un produit à part. J’ai de nombreux clients qui l’utilisent en plus des cigarettes. »

« J’ai tenu 10 jours, c’est déjà pas mal »

Au Tout Quai, un bar-tabac discret situé à deux pas du quai du Wault, le constat est similaire. Le gérant, M. Laurent D., nuance l’impact du Mois sans tabac : « Une petite baisse, oui, on peut dire qu’il y en a une. Mais franchement, elle n’a rien de spectaculaire. On n’est pas du tout sur un effondrement des ventes. Bon, il est vrai que chaque année, il y a quelques clients qui tentent de réduire un peu leur consommation. Ils se disent : “Allez, j’essaie !”. Ils évitent de passer pendant quelques jours pour ne pas être tentés. Mais en décembre, parfois dès la première semaine, ils reviennent comme si de rien n’était. Il y en a même qui viennent me dire : “J’ai tenu dix jours, c’est déjà pas mal”. »  

Rue Leon Gambetta, le petit bar-tabacLe Rallye dispose d’une petite terrasse pour prendre un verre ou grignoter un morceau. Sabine, la gérante, tient la caisse, elle confirme l’impression des autres buralistes : « Tous les ans, en novembre, on ressent une petite baisse. Mais c’est vraiment léger. On va dire qu’il y a surtout des gens qui achètent un paquet de moins, ou qui viennent moins souvent. » Elle s’arrête pour servir un jeune homme qui demande un paquet de Gauloises blondes, lui tend le terminal de carte bleue, et poursuit : « Pour certains, c’est l’occasion de ‘se calmer’, comme ils disent. Mais je n’ai jamais vu quelqu’un arrêter définitivement en novembre.  Ils reviennent presque tous en décembre, parfois même en s’excusant. On sent qu’ils ont essayé, mais que ce n’était pas tenable pour eux. »

75 000 décès par an

Quelques rues plus loin, au bar Le Solferino, on pose la même question au gérant : « A-t-il observé une baisse de consommation en novembre, durant ce mois sans tabac ? Étonné, il répond :« Le Mois sans tabac ? C’est quoi ça ? Je ne connais pas. »

Le tabac est la cause directe ou un facteur favorisant de nombreux types de cancers. Il est responsable de plus de 8 cancers du poumon sur 10 et reste en France la première cause de mortalité évitable, avec environ 75 000 décès par an, dont 46 000 par cancer selon l’institut National du cancer.

Thomas Nicolai