Vivre une journée entière quand on est étudiant avec moins de 10 euros sur Lille, est-ce encore possible ? C’est le défi que Circonflex Mag a décidé de relever pour vous.
“Première victoire”
8h12. Réveil, sac sur l’épaule, direction les cours. Pour bien commencer cette journée, je fais le trajet à pied. Donc zéro euro de dépensé. En chemin, je passe devant mon café habituel. Le latte à emporter, acheté hors de mon établissement, coûte 3,20 euros. C’est précisément le genre de petite habitude qui, additionnée sur un mois, pèse lourd dans un budget étudiant. J’hésite quelques secondes devant la vitrine, puis je renonce. Trois euros économisés dès le matin, c’est déjà une petite victoire.
12h07. Pause déjeuner. Sans hésiter, direction le Crous. Grâce au repas à un euro, je peux manger un repas complet qui va caler mon estomac pour le reste de la journée. Au menu : cordon bleu, frites, macédoine et compote. Simple -allez, pour aujourd’hui, pas si équilibré que ça !- mais consistant. Le Crous, c’est aussi un lieu convivial où l’on retrouve ses amis pour décompresser après les cours. Sans ce dispositif, tenir un budget aussi serré serait beaucoup plus compliqué. Il faut d’ailleurs préciser que le repas à un euro n’est pas accessible à tous les étudiants, ce qui rend la situation plus difficile pour certains.
A 13 h, 1er bilan des comptes : j’ai dépensé 1 euro.
“Ce qui ne se paye pas : le partage”
L’après-midi se déroule entre cours et travail personnel. En fin de journée, vers 17h45, mes amis proposent d’aller voir un match dans un bar près de l’école. Refuser aurait été plus économique, mais l’objectif, c’est de vivre une vraie journée étudiante, pas de m’isoler pour économiser. Au moment de commander, l’hésitation est réelle : la bière est à 5,50 euros, le coca à 3 euros. Cinq euros cinquante, c’est plus que la moitié de mon budget quotidien autorisé. Je choisis finalement le coca. La dépense reste modeste, mais elle me permet de partager un chouette moment sans dépasser mes limites. Dans ce type de journée, il y a aussi ce qui ne se paye pas : le partage. Les amis comptent énormément. Il arrive qu’on s’entraide, qu’on partage une addition ou qu’on s’invite mutuellement. Cette solidarité discrète fait partie intégrante de la vie étudiante et permet souvent de tenir lorsque le budget est restreint.
En fin d’apres-midi, mes dépenses s’élèvent à 4 euros.
“La culture peut toujours rester accessible”
19h30 : Pas le choix, je retourne au Crous pour un deuxième repas à un euro. Au menu, cette fois ci : pâtes carbonara, jus de pomme et yaourt aux fruits. Encore une fois, je mange correctement sans mettre en péril mon budget. À ce moment de la journée, j’ai dépensé 5 euros.
20h30 : La soirée se poursuit au Nouveau Siècle, où je me rends avec mes amies -à pied bien sur- pour assister à la cérémonie des Auguste, une remise de prix consacrée aux humoristes. Grâce au Pass Culture, je peux assister au spectacle sans dépenser un centime. Cet accès montre qu’avec les bons dispositifs et un peu d’organisation, la culture peut rester accessible aux étudiants et aux plus jeunes. Lille propose régulièrement des événements gratuits ou à tarifs réduits. Encore faut-il être informé et anticiper les réservations.
“Ce défi dure bien plus longtemps”
21h30. Fin du spectacle. Je rentre chez moi. En passant devant mon corner gourmand préféré, l’odeur familière d’une gaufre – ma gourmandise favorite- me fait saliver. Quatre euros. Je pourrais me l’offrir sans dépasser les dix euros fixés au départ. Quelques secondes de réflexion -le yaourt aux fruits du Crous est déjà un lointain souvenir. Héroïquement, je décide de ne pas céder. Ce sera pour demain.
À la fin de la journée, le défi est largement tenu : 5 euros dépensés sur 10. Mais ce résultat ne repose pas uniquement sur ma gestion personnelle. Il tient aux aides disponibles, à la chance que j’ai d’habiter tout près de la fac et du centre-ville, aux dispositifs comme le Crous ou le Pass Culture, et à l’entraide entre amis. Et bien sûr, il ne prend pas en compte les dépenses liées au logement, aux études, à la vie tout simplement. Ce défi d’une journée, pour beaucoup d’étudiants, ne s’arrête pas le lendemain. Il dure des semaines, des mois, toute une année universitaire. Et pour certains, 10 euros par jour, c’est une somme astronomique, inenvisageable. Pour nombre d’entre nous, il ne s’agit pas d’une expérience ponctuelle, mais d’une réalité quotidienne.
Clara Havet


