Agent de sécurité le soir, videur la nuit

Vous l’avez surement déjà croisé au Théâtre Sébastopol ou en boite de nuit. Mais il n’est là ni pour danser ni pour profiterdu spectacle. Rayan a 24 ans et depuis un peu plus de 2 ans, il est agent de sécurité événementiel chez Pride Protection. Il intervient sur des concerts, des spectacles, des événements sportifs et travaille en parallèle comme videur en boite de nuit.

Au sein du théâtre Sébastopol, Rayan travaille dans une ambiance calme et organisée. Son rôle principal ? Veiller au bon fonctionnement du spectacle. Il accueille le public pour un contrôle de sécurité avec fouille de sac et palpation, assure la sécurité de l’artiste et intervient discrètement en cas de problème. Dans cet environnement culturel, Rayan endosse une posture mentale adaptée : « Au théâtre ou sur un évènement, je suis plus dans l’observation. Le mot d’ordre, c’est l’anticipation et le calme. En boite de nuit, ce n’est pas la même histoire : « il faut être beaucoup plus réactif parce que tout peut aller très vite ».

« CE QUE J’AIME LE PLUS, C’EST LA GESTION DES CONFLITS »

Lorsque le jeune homme quitte le théâtre pour rejoindre la boite de nuit, son métier prend une tout autre dimension. « En boite, c’est plus intense, plus imprévisible. Notamment avec l’alcool, qui génère pas mal d’émotions fortes » explique-t-il. Mais dans tous les cas, il faut savoir parler aux gens et garder le contrôle. En tant que videur, il est chargé de surveiller que tout se déroule pour le mieux : protéger les clients mais aussi gérer les conflits. « Ce qui me plait le plus, dans ce métier, ce sont les responsabilités qui nous incombent. La gestion des conflits en fait partie. ». 


Pas facile de supporter un emploi du temps aussi chargé :« En général, je commence vers 18h au Sébastopol. A 22h30, c’est la fin du spectacle. Je rentre chez moi. Et j’enchaine en boite de minuit jusqu’à 5h du matin ». Un rythme intense qu’il a dû apprendre à gérer pour garder du temps pour lui une partie de la journée. Quand Rayan ne travaille pas, il dort jusqu’à 12h-13h. Souvent, il file à la salle de sport pour garder la forme et se vider la tête. Le reste du temps, il le consacre à ses amis. « Je suis un peu en décalage avec les gens de mon âge. Mais je le vis très bien, je pense que ces expériences me font mûrir plus vite ». Expériences d’autant plus enrichissantes qu’elles sont provisoires : à partir de septembre, il reprend ses études pour devenir infirmier.

DES SITUATIONS QUI DÉGÉNÈRENT

Être videur en boite de nuit n’est pas un métier facile, encore moins lorsque les situations dégénèrent vraiment. Rayan se souvient : « c’était une soirée blanche, on était en sous-effectif, il a fallu faire face à d’énormes bagarres à l’intérieurde la boite. Elles ont pris une telle ampleur que l’évènement a dû être arrêté avant la fin. Les bagarres continuaient sur le parking, il y avait des courses-poursuites… c’est mon pire souvenir ! »  Il nous confie aussi qu’en tant que videur, il a déjà été victime d’attouchements sexuels : « c’est quelque chose dont on parle très peu, surtout quand on est un homme. Mais il faut savoir que ça existe ». 

Des situations angoissantes, inappropriées, Rayan pourrait en raconter bien plus. Mais il tient aussi à parler du côté positif de son métier, des instants privilégiés que celui-ci lui permet de vivre : « Un artiste assez connu était très stressé avant de monter sur scène. Il y avait une pression de fou, dubruit et des gens qui forçaient l’accès. J’ai juste joué mon rôle, je l’ai rassuré et j’ai réussi à calmer la situation. À la fin de la représentation, il est revenu me remercier personnellement. C’est ma plus belle expérience en tant qu’agent de sécurité. ».

UN TRAVAIL UTILE

Tout au long de l’entretien, Rayan insiste sur un point essentiel : la sécurité. C’est un mot qui revient sans cesse. « Ce n’est pas seulement intervenir lorsqu’une situation dégénère. C’est surtout savoir anticiper et empêcher qu’elle advienne ». Il raconte qu’il existe souvent des situations qui pourraient mal tourner mais qui se règlent simplement, en parlant calmement. « Contrairement aux clichés que véhicule le métier, un videur de boite de nuit, ce n’est pas quelqu’un qui a seulement des gros bras. En réalité, c’est surtout un métier de dialogue et de responsabilités. Quand tout se passe bien, que la soirée se termine tranquillement, tu rentres chez toi en te disant que ton travail a été utile ». 

Protéger, anticiper, garder le contrôle quel que soit le lieu, l’heure ou le public. C’est cette capacité à s’adapter qui fait la force de Rayan. Et c’est là que sa double casquette prend tout son sens. « J’ai de la chance, ce sont des métiers qui se complètent bien.  La boite de nuit m’a beaucoup appris sur la gestion des gens et des tensions, cela me sert lorsque j’interviens sur des évènements culturels ou sportifs, qui brassent beaucoup de monde. Et mon poste au théâtre m’aide à rester plus posé et calme, même quand ça s’agite en boite ».

Sarah Watel