Entre vie étudiante et sortie entre amis, Félicie est une étudiante en ostéopathie de 19 ans ordinaire pourtant elle relève un défi de taille : vivre avec un handicape invisible, la malentendance.
« Je dois toujours tout prévoir, car si je ne m’organise pas, mes appareils ne suivent pas. » À 19 ans, Félicie est étudiante en ostéopathie à Lille. Malentendante, elle porte des appareils auditifs au quotidien pour suivre ses cours et échanger avec les autres. Une différence qui ne se remarque pas forcément au premier regard, mais qui demande pourtant des efforts constants. Entre les difficultés en cours, les sorties et le regard parfois maladroit des autres, elle raconte un quotidien que beaucoup ne voient pas. Au premier coup d’œil, Félicie n’a rien de particulier ou de reconnaissable.Elle se fond facilement parmi les autres étudiants. Pourtant, chaque matin, avant de commencer sa journée, elle met ses appareils auditifs. Pour elle, c’est une façon de se connecter au monde qui l’entoure et de suivre le rythme des autres. Félicie est malentendante. Une différence qui, pour elle, n’est pas forcément un problème. Ce qui la dérange davantage, c’est le regard des autres lorsqu’elle leur annonce qu’elle entend mal. « La différence ne me dérange pas, c’est plutôt la pitié qui accompagne les paroles de mes interlocuteurs », explique-t-elle. Ses appareils auditifs lui permettent de mieux percevoir les voix et les bruits qui l’entourent. Ils lui donnent la possibilité de suivre les conversations et les cours plus facilement. Mais entendre ne signifie pas toujours comprendre facilement.
Entendre ne veut pas toujours dire comprendre
Lorsqu’un cours commence, Félicie s’installe et se concentre un peu plus que les autres étudiants. Elle doit chercher la voix du professeur et regarder son visage pour essayer de comprendre chaque mot. Le moindre bruit peut alors devenir une distraction : une porte qui claque, un étudiant qui parle un peu trop fort ou des conversations dans la salle. La voix du professeur peut rapidement paraître lointaine, voire disparaître complètement derrière les autres sons. « Les journées sont parfois longues et la concentration est dure à maintenir. Il arrive très souvent que mes appareils soient complètement déchargés et que je sois dans l’impossibilité d’entendre. J’essaye de prendre le cours sur mes voisins, mais généralement c’est compliqué, voire impossible », raconte-t-elle. Mais les difficultés ne concernent pas uniquement les cours. Dans la vie étudiante, les sorties et les événements peuvent aussi devenir compliqués. Félicie doit prévoir davantage de choses avant de pouvoir profiter pleinement d’un moment avec ses amis. « Je n’entends pas toujours tout. Parfois, tout le monde rigole à une blague que je n’ai pas entendue et j’attends qu’on me la répète », explique-t-elle. Une situation qui peut sembler anodine, mais qui rappelle que sa malentendance l’accompagne aussi en dehors de l’école. Là où les autres peuvent profiter d’un moment sans y penser, Félicie doit parfois faire des efforts supplémentaires pour ne pas perdre le fil d’une conversation.
Une différence qui ne se voit pas
Cette difficulté ne s’arrête pourtant pas aux portes de la salle de cours. De dos ou de côté, vous pouvez l’appeler : elle ne vous répondra pas. Elle ne vous ignore pas, elle ne vous entend simplement pas. Une situation qui peut parfois donner lieu à des remarques maladroites. « T’es sourde ou quoi ? », peut-elle entendre lorsqu’elle demande simplement à quelqu’un de répéter. Une phrase qui peut sembler banale ou humoristique pour celui qui la prononce, mais qui rappelle à Félicie une différence qu’elle n’a pas forcément envie de mettre au centre de chaque conversation. Au-delà de ces remarques, elle aimerait surtout que les autres comprennent mieux ce qu’elle vit au quotidien. « Ils ne se mettent pas toujours à ma place. Parfois, ils oublient et c’est très contrariant », confie-t-elle. Pour elle, il ne s’agit pas de demander un traitement particulier mais simplement que sa situation soit prise en compte. Le cas de Félicie s’inscrit dans une réalité plus large. À la rentrée 2023-2024, 63 817 étudiants en situation de handicap étaient recensés dans l’enseignement supérieur en France, selon le ministère de l’Enseignement supérieur. Parmi eux, 1 262 étaient recensés avec un trouble auditif, soit environ 2 %. Ces chiffres montrent que les difficultés rencontrées par Félicie concernent aussi d’autres étudiants, dont le handicap n’est pas toujours visible. Des aides existent pour accompagner les étudiants en situation de handicap, mais Félicie ne sait pas toujours vers qui se tourner. Elle explique que les informations ne sont pas assez mises en avant : « Les choses ne sont pas forcément mises en avant. C’est quand même assez peu commun et j’aimerais peut-être avoir un accès plus facile. Le parcours de Félicie rappelle que les difficultés liées à la malentendance ne sont pas toujours visibles. À l’université, comme dans la vie quotidienne, l’accessibilité ne dépend pas uniquement des appareils auditifs. Elle passe aussi par l’adaptation des cours, l’information sur les aides disponibles et la sensibilisation des enseignants comme des autres étudiants.
