Arthur, l’homme aux mille et une vies

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Transfuge de classe, dyslexie, burn-out, Arthur n’avait pas toutes les cartes en main pour y arriver. Aujourd’hui, il est directeur de Junot, une agence immobilière de luxe à Lille. Et selon lui, il n’y a pas de secret. Le seul, c’est qu’il faut beaucoup travailler et persévérer. Retour sur sa reconversion professionnelle de la cuisine à l’immobilier et sur la passion qui l’a toujours animé.

Arthur nous accueille, sérieux mais souriant, dans son agence immobilière Junot située à côté de l’Opéra de Lille. Agence qu’il a ouverte il y a moins d’un an. Originaire de la région parisienne, Arthur n’était pas destiné à être directeur d’une agence immobilière de luxe. Mais son parcours mouvementé, peu commun, il en est fier. Tout a commencé dans la cuisine. Sa passion. Il souhaite dès ses 14 ans rentrer dans le monde professionnel. « Je n’étais pas très doué à l’école et pas très studieux, mais j’adorais la cuisine. » Il effectue alors un BEP en Belgique en alternance.

Il comprend très vite qu’il sait réaliser des recettes à la perfection, mais qu’il ne sait pas en créer. « Je n’étais pas un inventeur comme certains grands chefs ». Après avoir décroché son BEP, il travaille 60 heures par semaine pour un salaire qui ne lui suffit pas pour vivre comme il le souhaiterait. « Je restais toute la journée derrière le même carrelage et je ne voyais personne ». Au-delà de l’aspect financier, il lui manquait l’aspect humain, le contact (qu’il retrouvera plus tard dans l’immobilier). « Je n’étais pas très heureux, mais il fallait que je me nourrisse ». Cuisiner reste tout de même une motivation pour lui. Il souhaite ouvrir à ses 22 ans un bar-restaurant, concept peu établi à l’époque. Mais les banques refusent son projet. « Ça m’a un peu écœuré de la cuisine ». Sans emploi, il devient vendeur dans plusieurs magasins de vêtements pendant un certain temps. Cette étape, il la raconte sans grand intérêt. Il va même travailler dans le monde de la nuit.. mais il reste très secret. « Je te le raconterais quand tu auras coupé ton micro » rigole-t-il. Il ne se dévoilera pas plus. « Mais finalement, tous les chemins mènent à Rome. » Changement total de voie.

« Mon premier bureau était dans la réserve. »

Il quitte définitivement les fourneaux quand un ami lui parle de l’immobilier. Un métier qui correspond à son profil et où il est très vite devenu passionné. « J’ai accroché en 30 secondes », sourit-il. « N’ayant pas le baccalauréat, le secteur de l’immobilier était difficile d’accès car il ne prenait que les BTS, les masters… J’ai envoyé 20 CV qui ont tous été refusés, sauf Monsieur d’Arras de l’agence Century 21 qui a été mon premier mentor. Il m’a présenté mon bureau, c’était dans la réserve. » Puis Arthur regarde autour de lui, les yeux emplis de fierté. « La réserve a bien changé aujourd’hui… » dit-il en désignant son bureau.

Changer de profession n’est pas un exercice facile, d’autant plus quand on n’a aucune qualification. Mais cela n’effraie pas Arthur. « J’ai mis tout en œuvre pour y arriver. » Dyslexique, il a travaillé sa mémoire pour vraiment intégrer son nouveau métier et écouter au mieux les clients. Lorsqu’on lui demande s’il ne se sentait pas défavorisé dans ce milieu inconnu, sans les mêmes bases que les autres, il sourit. « Je pense que ça m’a encore plus motivé ». L’agence et son mentor lui ont appris les bases de l’immobilier. Et il leur doit beaucoup. « Tu ne peux pas être un bon pilote de course si tu n’as pas eu un bon professeur ». Cette étape de sa vie, cette formation sur le terrain, « c’était un peu mes 2 ans de BTS à moi. »

Après quelques années, il rejoint une autre agence immobilière où il est très vite promu. « La première année, je faisais partie des 4 meilleurs. » Il devient le plus jeune responsable de l’agence haut de gamme du groupe. Arthur a aussi changé de classe sociale en gagnant mieux sa vie, en devenant propriétaire, « un transfuge de classe qui n’a pas été si difficile ». Mais tout ce travail lui a provoqué beaucoup de stress. « Alors ça, tu ne seras pas obligée de le noter… » Il a fini par faire un burn-out. Trop de pression, trop d’excès. « Quand on se croit le meilleur et le plus fort, ça fait du bien de se remettre en question. » On lui fait beaucoup remarquer qu’on ne peut pas être tout le temps le premier. Finie la bienveillance. Son burn-out et ces remarques entraînent une baisse de confiance en soi. Il s’isole, et se soigne.

« On m’a donné ma chance à moi, j’aimerais bien la donner aux autres. »

Après 1 an et demi de travaux, il crée l’agence Junot à Lille, qui ouvre en mars dernier. Il devient son propre patron, et veut transmettre sa passion à ses employés. « On m’a donné ma chance à moi, j’aimerais bien la donner aux autres. » Aujourd’hui, ses salariés viennent de tous horizons : « Quelqu’un qui vient des impôts, un autre du monde du spectacle, j’ai embauché un professeur des écoles et aussi un ancien cuisinier. » Leur point commun, leur motivation.

Mais si Arthur a bien un regret, ce serait de ne pas avoir fondé une famille à cause du temps qu’il a consacré à sa vie professionnelle. « Ma famille, elle est là… » sourit-il tout de même en désignant l’entreprise. Du travail, il en a encore beaucoup sur la planche. D’ailleurs, Il a peut-être prévu de retrouver le monde de la restauration… « Mais seulement en tant que gestionnaire ou partenaire. »